Mon Espagne¬†‚ÄstPr√≥logo

Quand j’√©tais petite, l’atelier de mon p√®re √©tait une pi√®ce sp√©ciale. On avait pas le droit d’y rentrer sans lui. Et souvent l’atelier √©tait ferm√© √† cl√©. La cl√©, nous savions tous que maman en avait fait faire un double qui √©tait dans la jolie bo√ģte russe sur sa table de nuit. Mon p√®re n’√©tait pas suspicieux, il ignorait donc que tout le monde se baladait dans son atelier quand il n’√©tait pas l√†.

Dans son atelier il y avait des photos qui séchaient, des toiles en court de réalisation, des piles de Lui et des affiches des corridas auxquelles il avait assisté quand il était jeune. Son atelier était éclairé par une gigantesque baie vitrée et des tas de plantes poussaient partout. Sa table d’architecte dans un coin, ses chevalets, sa grande table à tréteaux, sa vieille chaise espagnole, tout était dans un sacré bordel poussiéreux qui lui était aussi cher que ses souvenirs.

Mon p√®re parlait de son Espagne, celle des ann√©es 50′ avec des √©toiles dans les yeux. Il disait qu’il avait √©t√© un des premiers √† passer la fronti√®re quand elle s’√©tait r√©-ouverte apr√®s la guerre. Il parlait de ses amis, de la c√īte espagnole avant la construction des immeubles et des stations baln√©aires, du paradis qu’avait √©t√© l’Espagne pour le jeune boursier parisien, pauvre, qui s’√©tait trouv√© riche comme un prince dans une Espagne si d√©munie. Il parlait de la gentillesse et de la bonne humeur des espagnols.

A la maison on √©coutait donc 3 sorte de musique : classique (mon p√®re et ma m√®re),¬† pop-rock (mon fr√®re a√ģn√©) et espagnole, mon p√®re.

La musique espagnole que nous √©coutions se divisait √† son tour en plusieurs groupes : la musique classique comme El Padre Soler (1729-1783),¬† les orgues de S√©govie, ou Joaquin Rodrigo…

La musique andalouse : le flamenco et les sévillanas

Le « cante hondo », chant profond, on √©coutait √ßa de la m√™me fa√ßon qu’on √©coutait le reste, en bouquinant au coin du feu. C’est vous dire si on √©tait impr√©gn√© de culture hispanique.

Et puis bien s√Ľr la musique de f√™te, qu’on √©coutait plus fort ūüôā

Sevillanas

Pasodobles

La Tuna de Salamanca dans les ann√©es 80′. Le clo√ģtre qu’on voit derri√®re eux √©tait celui de la r√©sidence universitaire o√Ļ j’ai s√©journ√© 2 √©t√©s et je l’ai travers√© bien souvent! Ma main √† couper, qu’il n’y a plus de moutons sur les bords du Duero, mais plut√īt des immeubles…

On mangeait du chorizo ramen√© de S√©govie, de l’ail espagnol, de l’huile Carbonell pour la mayo. Mon p√®re buvait une goutte d’anis Del Mono dans sa tasse encore chaude quand il avait finit son caf√©.

Mes parents arpentaient S√©govie en ao√Ľt. Mon p√®re posait son chevalet et peignait. Les badauds s’arr√™taient et commentaient ce qu’il faisait, moi au d√© tour d’une rue, seule et libre dans¬† cette ville inconnue √† 11 ans, je croisais maman assise par terre son carton a dessin sur les genoux dessinant la cath√©drale avec ses encres de chine et encore des badauds qui la regardaient faire. S√©govie √©tait une ville d’artistes. Nous s√©journions dans la « Residencia de pintores » ou papa √©tait venu comme boursier dans les ann√©es 50. Certains jours tous les peintres de la r√©sidence s’installaient sur la plaza mayor et c’√©tait la f√™te. D’ailleurs c’√©tait tous les jours la f√™te, avec les « tunos » qui se baladaient… Les enfants libres comme l’air, sans parents, qui mangeaient leur gout√©, « la merienda », sandwich de d√©licieux pain espagnol, fromage et p√Ęte de coing… Ou pain √† la tomate avec du jambon… Miam… La photo de Juan Carlos avait remplac√© cette ann√©e-l√†, en 1976, la photo de Franco, El Generalisimo… Mon Espagne a commenc√© avec Juan Carlos et la d√©mocratie. J’ai beaucoup d’affection pour ce roi. La famille royale espagnole, contraire √† l’anglaise, m’a toujours par√Ľt sympathique.

Tout √ßa pour vous dire, que l’espagnol est bien √©videment devenu une de mes mati√®res pr√©f√©r√©es √† l’√©cole et une des seules o√Ļ j’avais la moyenne… Je partais √©videment en voyage scolaire dans la Mancha (la pays de don Quichotte) et j’en revenais, √©videment, compl√®tement ensorcel√©e, d√©cid√©e √† vivre l√†-bas plus tard o√Ļ j’enseignerai le fran√ßais!

La suite au prochain épisode. Adishatz.

Espa√Īa¬†me¬†embrujas!*

Cette semaine j’ai achet√© G√©o qui avait Madrid en couverture… Ca fera 20 ans dans deux ans que j’ai quitt√© Madrid! Mon concierge avait pr√©dit que je ne tiendrai pas 6 mois hors de « mon quartier », Santa Ana… Et pour l’instant √ßa fait 18 ans…

En lisant G√©o je me suis aper√ßu que mon Madrid avait chang√©…¬† Bien s√Ľr… Comment en aurait-il pu √™tre autrement? Bordeaux s’est fait une beaut√©… La Rochelle s’est modernis√©… Saint-Germain-en Laye a remu√© tout son centre- ville… Il parait que S√©ville a un m√©tro! Et Madrid… Madrid… Para√ģt √™tre bien plus sage… Il parait que les pickpocket ne courent plus rues, qu’il n’y a plus de femmes de mauvaise vie Plaza del Angel et que Malasa√Īa est devenue fr√©quentable.

Bon, il faudra que je prenne le temps cette semaine de vous parler de Madrid… De l’esp√®ce de sortil√®ge que les pasodobles on jet√© sur moi alors que je n’√©tais encore qu’une pauvre petite enfant… Je suis arriv√©e √† Madrid avec une valise pas en carton, j’y suis rest√©e 4 ans, essayant de me fondre le plus possible dans le d√©cor.

Ne vous √©nervez pas, je n’ai pas encore dit que j’aimais la corrida, ou pas, tout de m√™me! Olalala…

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* Espagne tu m’ensorcelles