Pendant ce temps…

Je pense à la grosse main de mon père qui tenait la mienne quand nous marchions par une belle journée comme aujourd’hui vers le port. Alors nous n’avions jamais entendu parler de tsunami, la grosse tempête n’avait pas dévasté notre côte, les landes était encore debout… On avait pas peur de ce qu’on mangeait. On marchait tranquillement dans le soleil du matin vers le marché. Les arbres étaient en fleurs comme aujourd’hui : les pruniers, les mimosas, les tulipiers… Je revenais le week-end à La Rochelle, laissant ma coloc’ Monica, la californienne seule dans notre appart près de la gare. Les tulipes, comme aujourd’hui sortaient de terre. Mon père était vivant, Kobé n’avait pas encore connu son grand tremblement de terre… Les primevères… Les oiseaux et les papillons plus nombreux qu’aujourd’hui. Mon père montait dans son atelier, il écrivait, réfléchissait, peignait… Ses yeux bleus dans le vague, parfois embués de larmes pensaient à d’autres années où le printemps comme aujourd’hui montrait le bout de son nez. Il pensait à son grand-père, quand il allait avec lui gober des Å“ufs en riant dans le poulailler… Un temps où ils possédaient des champs, alors perdus, aujourd’hui construits. Je pense à cette promenade que nous faisions ensemble main dans la main, le nez au vent frais du bord de mer.


Cerisiers au Japon.