La traboule du picnique*

Je n’ai aucun souvenir de pic-niques avec papa. Papa d√©testait la plage, je ne sais vraiment pas pourquoi, mais c’√©tait comme √ßa, il n’y allait pas. Les seuls souvenirs que j’ai de papa √† la plage sont plut√īt des flashs, voir des faux souvenirs! J’avais 3 ans √† l’√ģle de R√©.

La notre √©tait plus simple, sans le « cannage ».

Quand on partait en pic-nique quand j’√©tais petite papa √©tait au rugby. On partait « t√īt » le matin avec la 4L de maman (papa n’avait pas de voiture, d’ailleurs il ne conduisait pas. Il marchait beaucoup). Jeff √† l’avant et les 3 autres √† l’arri√®re. Deux paniers d’osier pour les victuailles, comme disait maman. Maman avait pr√©par√© des oeufs durs. On s’arr√™tait √† la boulangerie pour le pain, parfois √† la Coop pour les tomates, les p√™ches, les chips… Quand on √©tait press√©s d’arriver on achetait √† manger √† St-Martin ou √† Ars.

Ars

La route jusqu’√† l’embarcad√®re √©tait joyeuse et ensoleill√©e sur la grande avenue quasi d√©serte jusqu’√† la Pallice. On passait par la base sous-marine allemande, √©norme, grise, impressionnante. Souvent au retour on s’y arr√™tait pour regarder. Mes fr√®res pourrons dire ce qu’on y voyait… Moi j’√©tais trop petite. On avait le droit de passer dans la zone portuaire au milieu des montagnes de tronc d’arbres exotiques qui arrivaient par bateau…

La base allemande de la Pallice

En dehors de Juillet et Ao√Ľt il n’y avait pas d’attente pour le bac. En √©t√© l’attente √©tait parfois tr√®s longue : 2 heures, 3 heures… C’est pour √ßa qu’on partait « t√īt » …¬† Pour √©viter les touristes : les non-rochelais.


Le bac c’√©tait toute une aventure. Une grande excitation. On le prenait tellement souvent qu’on s’y sentait vraiment chez nous mais √† chaque fois c’√©tait la f√™te, l’aventure!¬† Qu’est-ce que c’√©tait bien! D’abord maman se garait dans le bac sous les « ordres » des dockers. C’√©tait des gars muscl√©s et tr√®s tann√©s. Des gros durs. Ensuite on courait dans les escaliers en fer pour aller √† l’avant du bac, l√† o√Ļ se sent les rois du monde et o√Ļ on se prend les embruns dans la figure. On s’asseyait sur les bancs oranges sous lesquelles √©taient les gilets de sauvetages… Je crois que la travers√©e durait environ 2O minutes.

Le bonheur quand on arrivait pr√®s du d√©barcad√®re! Tout le monde redescendait en vitesse vers les voitures! Le bac s’ouvrait par les c√īt√©s en faisant un bruit √©norme et puis on √©tait sur l’√ģle!!!!

L’√ģle!

La 4L roulait sur ce pont pour entrer dans Saint-Martin.

Interdit aux voitures depuis un sacré bail!

Il faut imaginer l’√ģle des ann√©e 70, avec ses vieux qui n’avaient jamais √©t√© sur le « continent », avec ses routes qui sont les pistes cyclables d’aujourd’hui, sans les grosses routes. L’√ģle de quand on passait sous la vieille porte de Saint-Martin. L’√ģle avec ses vieux petits magasins tout ringards comme dans n’importe quel petit village de Charente.

Alors on s’arr√™tait √† l’√©picerie (la seule) de Saint-Martin, avec son rideau en lani√®res en plastique, son c√īt√© ultra ann√©es 50… Parfois on avait droit √† du Pschitt Cassis. Une bouteille en verre. Il fallait un d√©capsuleur. On avait jamais le droit au tube de mayo. Je sais que d’autres gens avait de la mayo en tube pour les pic-nics, pas nous et j’aurais bien aim√©.

Maman aimait aller jusqu’au bout de l’√ģle √† Trousse-chemise. Pour y arriver c’√©tait un chemin de sable et il fallait conna√ģtre, √† l’√©poque. Parfois il n’y avait vraiment personne. On √©talait les serviettes de bains sur les √©pines de pin pour faire une nappe, dans le bois, juste devant la plage. On mangeait en maillot de bain, apr√®s une premi√®re baignade. On croquait nos tomates, on √©pluchait nos oeufs dur… Pas de fourchettes et un seul couteau pour faire des sandwichs au jambon. On buvait le Pshitt au goulot, ou on buvait de notre petite gourde en plastique qui nous faisait des ann√©es et qui sentait pas bon.

Maman avec sa petit tribu de 4 enfants roulants dans le sable, courant sur le Banc du Bucheron, faisant la planche dans l’oc√©an sal√©.

Dans la voiture on chantait, on comptait les voitures. Je revois encore « la carte de passages » du bac, ils faisaient un trou dedans √† chaque passage. maman avait une carte de verte parce qu’elle √©tait « insulaire », √©tant prof au coll√®ge de l’√ģle.

*Jeanne racontais l’autre jour ses pic-niques √† elle… Je vous propose de trabouler et de nous raconter les v√ītres en com’ ou chez vous.

Bonne journ√©e √† tous, adishatz et portez-vous bien ūüėČ