Je vole!

C’est comme si je courrais en faisant des enjambées tellement grandes qu’elles m’emportent au-dessus des réverbères. Parfois je reste immobile, bougeant seulement un peu les bras pour rester en l’air… Pour observer ce qui se passe en bas… Et puis il faut bien que je redescende pour prendre un nouvelle impulsion, je choisis où je vais poser mon pied droit, celui qui est fort, pour redonner un coup sur le sol et repartir au dessus des gens, bien plus haut que là où leurs bras, leurs mains peuvent m’atteindre…. Je me promène par-dessus les toits, je cherche et je ne trouve pas, je cherche encore et toujours, cette maison qui n’existe plus.

Le quartier est devenu mal famé, il faut que je vole le plus haut possible, la nuit, toujours quand il fait nuit, même si c’est « le jour » le ciel est noir comme sous un manteau de cendre. La Victoire est étrange, inquiétante… Les bus passent sans aucun bruit… Le cours de la Marne mène-t-il encore à la gare? Il faut que j’aille à la gare. Mais peut-être avant faut-il que je vole jusqu’aux Halles Lagrue faire des courses? Je fais souvent des courses dans ce magasin par ces étranges nuits silencieuses où les voitures glissent plutôt qu’elle ne roulent.

Quand je vole, bien sûr je suis légère, inaccessible… Personne ne peut m’attraper. L’autre jour, pour la première fois j’ai vu une autre personne voler, c’était un homme, il volait plus haut que moi, avec plus de rapidité… Je l’ai envié. Bien sûr nous ne nous sommes pas parlé, nous nous sommes ignoré, parce que… Si on vole pour échapper à ce qui se passe en bas… C’est pas pour socialiser en haut. On se fiche la paix.

Le type il devait monter assez haut pour voir la Victoire comme ça. Moi je peux juste me poser sur les toits ou sur l’obélisque, au maximum…

Mais non je n’aimais pas Sardou quand j’avais 7 ans… D’ailleurs cette année là j’avais un peu plus… Et puis c’est pas de ma faute si j’aime cette chanson!!!