On dit que la mémoire est sélective…

On ne garde du passé que le meilleur. Mon blog lui aussi ne garde que le meilleur, du présent : les gâteaux aux chocolats, les photos de vacances, les bons moments, les musiques du bonheur, les chats, mon visage réjouit à L’Entrecôte l’été dernier à Bordeaux (en haut à droite), les grimaces Del Marido…

Sur son blog (sauf exceptions) on ne parle pas de ces emmerdes : des factures qu’on ne peut pas payer, des abonnements qu’on ne peut pas renouveler, des économies de bouts de chandelles, des impôts, des problèmes de santé, de ce qui stresse… On boit son café devant son PC en ne retenant que le meilleur. (Par exemple : j’adore ma tasse à café et je la glisse habilement dans ce post 😉 avec mes boucles d’oreilles-coquelicots en pâte fimo achetées sur le port de LR )

Non. Le blog est un lieu de récréation. De détente. On ne met pas les photos de soi où on l’air  d’un vieux  torchon… On aime les photos un peu ratées pour leur flou « artistique »…

Ca me fait penser à ma grand-mère. Ma grand-mère paraissait toujours plutôt zen. Elle était protestante, pratiquante et croyante.  Elle écrivait énormément à ses enfants et les lettres que recevait maman se terminaient presque immanquablement par « Optimisme et reconnaissance!!!!! »

Pourtant sa vie, bien qu’extrêmement bourgeoise et choyée, sans aucun problème d’argent, avait été très loin d’être un long fleuve tranquille… Mais elle s’arrangeait avec la vie, avec la vérité, elle bombait le torse.

Elle avait 15 ans en 1914. La quarantaine et 5 enfants pendant la deuxième guerre… Autour d’elle des disparations, suicides, des morts prématurées, son mari disparu plus de 30 avant elle… Mais elle ne parlait jamais de ça, affichant toujours un sourire et une bonne humeur à tout épreuve.

La différence entre l’être et le paraître… Entre ce que l’on ressent vraiment et ce que l’on veut montrer… Mamie était la reine de la méthode Coué : « Tout va bien : je vais bien! ». En tous cas c’est l’image qu’elle voulait donner à ses petits enfants. Et c’est vrai qu’elle avait 1000 raisons de se réjouir et aussi tant d’autres d’avoir de la peine.

Parfois ces lettres étaient teintées de tristesse, de mélancolie. Elle qui avait perdu jeune ses deux  frères cadets, dramatiquement sa jeune sÅ“ur, puis finalement celle qui était la plus proche d’elle, se retrouvait « seule » sans personne de sa génération à 95 ans, presque cent ans. Je me rappelle de ce jour où elle pleurait à la maison, à LR. Je lui avais dit « Mais on est là nous! » mais elle m’avait dit que ce n’était « pas pareil » : elle n’avait plus personne de sa génération, plus personnes de plus vieux qu’elle, elle n’avait plus envie d’être là.

Et pourtant avec quelle bonne humeur, quel sourire et étincelles dans les yeux s’enthousiasmait-elle de tout encore à son âge! Quelle chaleur et quelle tendresse transmet-elle à tous! Je prends souvent exemple sur elle, sans rien dire… Elle me guide encore comme ma mère, ma tante, mon autre grand-mère… Petits fantômes bienveillants qui je l’espère sont encore auprès de moi.

Optimisme et reconnaissance.