La danseuse et le peintre

Les livres sont tellement contradictoires… Certains raconte une histoire, d’autres la raconte diffĂ©remment…. Les traductions c’est encore pire : certaines sont dans un style ampoulĂ©, d’autres dans un style lĂ©ger, on y retrouve parfois pas du tout l’esprit de l’auteur…

Il m’est mĂŞme arrivĂ© d’avoir l’impression de lire un livre du mĂŞme auteur qu’un autre alors qu’en fait c’Ă©tait le traducteur qui Ă©tait le mĂŞme! Pas l’auteur…

Ne croyez pas ce qu’il y a dans les livres…

Par exemple, dans la biographie (romancĂ©e) de Fragonard que je suis en train de lire (Oui oui je sais, je prends mon temps) on ne sait ce qui est la part du roman, de la rumeur ou de faits « avĂ©rĂ©s »… On y parle des relations de notre peintre avec LA belle de l’Ă©poque…

Marie-Madeleine Guimard (1743-1816), Jean-Honoré Fragonard, 1770. Le Louvre.

Marie-Madeleine Guimard dite « La Guimard » Ă©tait la plus belle et la plus connue des danseuses de la deuxième moitiĂ© du 18ième siècle. Pas une danseuse lĂ©gère hein, une danseuse d’opĂ©ra, une belle et gracieuse danseuse en dentelles.

Portrait de Marie-Madeleine Guimard, vers 1772, Jean-Honoré Fragonard

La Guimard en tenue de danse
Opéra-ballet de François Francoeur et François Rebel. Peinture par Jean-Frédéric Schall (1752-1825)

Notre Guimard commanda donc Ă  Frago des panneaux (panneaux/tableaux en bois qui ornent les salons XVIIIème) qu’elle ne lui paiera jamais, ne le dĂ©dommagera mĂŞme pas pour le matĂ©riel et gardera les panneaux inachevĂ©s après avoir renvoyĂ© Frago en se fichant bien de lui… Car il Ă©tait dit-on, très amoureux et amant Ă©conduit? Comment savoir? cela a Ă©tĂ© dit, mais qui le savait vraiment?

Sur cette vidĂ©o nous voyons les panneaux que Frago avait peints pour la comtesse du Barry (et qui n’en a finalement pas voulu et lui a rendu, et payĂ©s…) Cela donne une idĂ©e des panneaux qu’il avait fait pour la Guimard et qui n’existent plus. Ceux-lĂ  peuvent se voir Ă  Grasse je crois au musĂ©e Fragonard.

Revenons Ă  notre jolie danseuse : dans Wiki il est dit : « une des plus cĂ©lèbres danseuses de la seconde moitiĂ© du XVIIIe siècle. Actrice en vue de la sociĂ©tĂ© libertine, elle a Ă©tĂ© un mĂ©cène au goĂ»t très sĂ»r et favorisa la carrière de plusieurs artistes dont Fragonard ». Selon Wiki c’Ă©tait, certes une libertine, mais une femme intelligente et  « le ton trivial adoptĂ© Ă  son sujet par certains historiographes Ă  la suite des Goncourt ne lui convient pas ». (A les Goncourt!! Qui a lu quelque chose d’eux?)

Fragonard, Jean Honore (1732-1806) – 1769  autoportrait, Le Louvre, Paris.

MAIS selon mon bouquin, Fragonard n’avait pas du tout besoin d’elle pour favoriser sa carrière car c’est parce qu’il Ă©tait « le meilleur » qu’elle lui avait demandĂ© de dĂ©corer ses appartements… Bref. Selon mon bouquin c’Ă©tait une catin sans coeur… Un peu rĂ©ducteur?

Ailleurs des textes (entre autres Ă©crits par son futur mari) la disent charmante et charitable, d’autres textes d’Ă©poque la disent laide (!!!!!) et intĂ©ressĂ©e… Laide c’est impossible puisque le tout Paris Ă©tait carrĂ©ment dingo d’elle et que tous les peintres qui travaillaient pour elle en tombaient, dit-on, amoureux… Il n’y a qu’a regarder les portraits faits par Frago pour tomber sous le charme de sa… beautĂ©!

Je croise mes sources :

« Elle est moins heureuse avec Fragonard. S’Ă©tant brouillĂ©e avec l’artiste, celui-ci s’introduisit dans son hĂ´tel, effaça d’un coup de pinceau le sourire de la danseuse, et mit Ă  sa place une grimace. » Henri Lyonnet, Les ComĂ©diennes, De La Vie au dix-huitième siècle, Vol. 4, Paris, Éditions Marcel Seheur, 1930.

Le baron von Grimm (1723-1807 et rien à voir avec les frères Grimm des contes) racontera plus tard la célèbre anecdote de la vengeance de Fragonard:
    « Trouvant son chemin dans la maison sans ĂŞtre accompagnĂ©, Fragonard prit une palette et en quelques touches habiles transforma le sourire Terpsichorien de mademoiselle Guimard en une grimace de fureur, mais sans en altĂ©rer la physionomie, et lorsque Guimard accompagnĂ©e de sa suite dĂ©couvrit son nouveau visage, elle entra dans une colère telle que, Ă  mesure que grandissait son irritation, la ressemblance avec le nouveau portrait devint totale ».

Dans mon bouquin c’est carrĂ©ment avec un bout de charbon (sans dĂ©conner!!!!) qu’il arrange le tableau! (peu crĂ©dible) et dans d’autres textes il saccage le tableau en le barbouillant de noir!!!! La version de Grimm me parait plus crĂ©dible…

Quoi qu’il en soit, il parait que vexĂ©e par « le coup de la grimace » elle fit recouvrir les panneaux de Fragonard par David jeune peintre prometteur… Lui aussi Ă©perdu d’amour pour la belle libertine? (Voyez comme je contribue Ă  la lĂ©gende…)

Comment faire le portrait objectif de cette femme 250 ans après? C’est impossible! Comment faire Ă  partir de « on dit » de « ragots », de rumeurs? De textes forcĂ©ment partisans!!

Que dira-t-on de nos célébrités dans 250 ans? Hein?

Bon lĂ -dessus je vous laisse, je sais que j’ai Ă©tĂ© trop longue… Adishatz et portez-vous bien.