Il faut savoir quelle langue on parle! (disait un prof Ă  BX-III)

Je le reconnais, ce n’est pas toujours mon cas et quand je parle avec mes amis, mes proches et encore plus avec ceux qui ont vĂ©cu Ă  l’étranger : je ne me gĂšne pas pour mĂ©langer l’espagnol au français, l’anglais Ă  tout ça. MAIS si comme l’autre jour on me demande de faire un travail de traduction, je suis TRES scrupuleuse, je ne mĂ©lange pas les langues. Je veux que quelqu’un qui ignore tout de la langue d’origine ne se pose aucune question, pense que le texte a Ă©tĂ© Ă©crit en français…

LĂ  je dois faire un petit avertissement : si vous n’avez pas fait des Ă©tudes de langues et si  thĂšmes et versions n’Ă©taient pas vos deux activitĂ©s prĂ©fĂ©rĂ©es Ă  l’Ă©cole, il vaudrait peut-ĂȘtre mieux que vous passiez votre chemin et attendiez mon prochain poste qui parlera probablement de la vasectomie, ou pas.

Il y a des choses intraduisibles? NON. Rien n’est intraduisible. Les films amĂ©ricains Ă  gros budget en sont la preuve. Pas d’amateurisme quand le budget est aussi Ă©norme : les traducteurs sont des bons.

Mais quand je lis ce que je lis en ce moment : les bras m’en tombent!!!! A croire que le traducteur n’a jamais vĂ©cu en Angleterre (passons, mais c’est quand mĂȘme « dommage », voir dommageable…) ou qu’il n’a jamais ouvert un Harrap’s de sa vie (insupportable!).

C’Ă©tait dĂ©jĂ  assez mal parti mais quand j’arrivais au passage ou la copine parler de « sucer les seins de son mari », j’ai eu comme un choc. Non, je ne trouve pas choquant de suçoter les tĂ©tons de son mec, ni mĂȘme ceux du mec de sa copine… Ce que je trouve Ă©trange c’est de parler de « seins » pour un mec… Surtout quand c’est comme un leit-motiv dans les premiĂšres pages du bouquin. Et vas-y  que je suce les seins de mon jules et viens lĂ  que je te suce les seins! Grrrr… Borrring ademas.

Je me suis bien Ă©nervĂ© toute seule Ă  maudire ce putain de traducteur Ă  la noix! Le Robert nous dit :  » Partie antĂ©rieure du thorax humain oĂč se trouve les mamelles… Poitrine de la femme… » etc! Remarque j’avais pas besoin de lire le dico pour savoir que pour les mecs on ne parlait pas de seins…. Je crois pouvoir dire sans me tromper qu’aucun homme que je connaisse n’aimerait voir traiter son torse ou ses petits tĂ©tons de « seins »!!!

Notre traducteur ignore donc que « teats » en anglais (qui veut dire tĂ©tons et par extension seins) ne peut en aucun cas se traduire par seins… Ca commence trĂšs, trĂšs mal mal!!!

« Gaskell a des petits seins qui me rendent folle! » Youhou, quel chouette bouquin…

Maintenant venons en Ă  l’insulte suprĂȘme du bouquin : « cochon chauviniste mĂąle!!!! » 😩 Oui, c’est censĂ© ĂȘtre du français… Traduction mot Ă  mot (Ă  l’envers) de male chauvinist pig… J’ai rarement vu une traduction aussi aberrante et Ă©nervante. Énervante parce que si le traducteur rendait sa copie Ă  un prof de fac il se ferait mĂ©chamment allumer! Pour quoi ? Parce que ça ne veut rien dire, du tout!!!!

Vous avez dĂ©jĂ  traitĂ© vous quelqu’un de « cochon chauviniste mĂąle »? Non? Et pourquoi? Parce que ça n’existe pas! Et parce que c’est tout connement une faute!

Chauvinist en anglais ne se traduit pas par chauviniste ou chauvin (qui serait plus français)  la plus part du temps (mĂȘme si c’est parfois possible) mais par phallocrate ou macho!!! (non de dieu oĂč est ce que ce traducteur de m… a appris l’anglais?).

Il ne s’agit pas d’un « cochon chauviniste mĂąle » mais « d’un sale gros macho » voir si on veut rester dans la charcuterie : d’un « gros cochon de macho », bien que je pense que la traduction de « pig » par cochon ne soit pas bonne car le français utilise le mot « cochon » dans le sens de vicieux ou de sale (malpropre), alors que « pig » est plutĂŽt juste pĂ©joratif… Bref. « Gros con de macho » serait beaucoup plus proche de la rĂ©alitĂ©.

Bref.

Passons sur le fait que « mĂŽssieur » prĂ©fĂšre garder les « miles »Â  plutĂŽt que de les passer en kilomĂštres… J’admets. MĂȘme si un lecteur non averti peut-ĂȘtre gĂȘner par « il marcha un mile avant d’arriver ».

Je passe les difficultĂ©s visibles que le traducteur a eu avec The CollĂšge of Arts and Thechnology (non traduit) ou le protagoniste de notre histoire est « assistant de deuxiĂšme classe » et enseigne Ă  des gaziers (sic), plĂątriers, maçons, plombiers… Est-ce qu’on aurait pas pu faciliter la lecture par un lycĂ©e professionnel ? Bof… Mais alors les « Ă©tudiants gaziers » 😩 Car le traducteur nous donne une petite note expliquant que les « collĂšges technique sont parallĂšles aux universitĂ©s » et « prĂ©parent Ă  des diplĂŽmes Ă©quivalent aux diplĂŽmes universitaires » !!!… Ces mĂȘmes « collĂšges » reçoivent des « Ă©tudiants » (gaziers, plombiers). Bref, notre traducteur est dans la mĂ©lasse.

Le « Mars barre » traduit : une barre de Mars… Je ne sais pas pour vous mais moi je n’ai jamais entendu personne en France dire « Je vais manger une barre de mars », en Français  c’est : un Mars, un Bounty, un Twix… Et par « une barre de… »

L’affaire du pyjama… C’est page 26 que je craque : dans une boutique chic, notre hĂ©roĂŻne s’achĂšte un joli ensemble-pyjama jaune et un impermĂ©able… Un pyjama… Ce mĂȘme pyjama elle arborera fiĂšrement dans la rue, avant d’aller Ă  une soirĂ©e chez des gens chic… Ne s’agirait-il pas donc, plutĂŽt d’un ensemble ample et fluide (dĂ©finition de pyjama en anglais comme en français quand il ne s’agit pas d’un vĂȘtement de nuit) ??? Evidement les lecteurs français peuvent s’imaginer un folle qui prend un taxi alors qu’elle est vĂȘtue d’un pyjama.

Et puis c’est la valse des traductions foireuses : down to earth traduit par terre-Ă -terre. « Oh tu est si dĂ©licieusement terre-Ă -terre! » Ah? J’ai dĂ©jĂ  vu cette expression traduite par « les pieds sur terre », mais terre-Ă -terre… pardon, ça n’a aucun sens. Quelqu’un de terre Ă  terre c’est quelqu’un  d’un peu cynique, pas poĂ©tique et un peu opportuniste… Alors que quelqu’un de « down to earth » est plutĂŽt une personne simple, sympa, pas compliquĂ©e… qui Ă©ventuellement Ă  les pieds sur terre, mais qui n’est PAS terre-Ă -terre… Grrrr. Je crois mĂȘme que « innocente » traduirait mieux « down to earth » que terre-Ă terre »!

Vous allez me dire y’a pas de quoi en faire un plat! Pourquoi ça t’Ă©nerve tellement Mahie?

Parce que.

Ayant partagĂ© ma vie pendant 10 ans avec un anglophone j’ai toujours veillĂ© Ă  Ă©vitĂ© les « misunderstandings »… Les « mĂ©prises ». Il ne faut pas se mĂ©prendre sur le sens des mots. parce que si dans la vie on comprend un mot de travers ça peut changer pas mal de choses. Dans un roman ça change le style et aussi un peu le propos. C’est pas grave. Mais c’est Ă©nervant. Et puis merde, le mec il est payĂ© pour faire un bon boulot!

Finalement  je vais brĂ»ler le bouquin sur le tas de fumier de mon jardin, tiens! (maniĂšre de parler, non…. je ne vais pas le faire pour de vrai). Car par ailleurs je doute que ça me fasse plus rigoler en anglais… Des histoires de partouses grotesques dans l’Angleterre coincĂ©e des annĂ©es 70 avec un pas si jeune prof au petit kiki et sa femme de 37 ans Ă  gros lolos. Bof.

Et je jure de ne plus lire qu’en VO. Ouais, je sais, je peux pas lire les bouquins danois en VO! Et alors? Ca doit pas ĂȘtre si difficile d’apprendre le danois. C’est sĂ»rement moins difficile que de « se sortir d’un poupĂ©e gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore ».

Alors quoi? Il n’y a que Jenny et Dr K qui lise cette derniĂšre phrase? J’ai larguĂ© tout le monde en route?

Sur ce adishatz beroĂŻs…