Deux ou trois choses que je sais de l’Argentine

Argentine

Je ne suis pas une spĂ©cialiste de l’Argentine, mais en tant que linguiste distinguĂ©e (mais si, mais si) j’ai Ă©tudiĂ© l’Argentine ainsi que le reste de l’AmĂ©rique Hispanique dans la cadre de ma licence de Langue et LittĂ©rature et Civilisation espagnoles ( c’est le nom officiel).

Les chutes d’Iguazu

En ce qui concerne l’Argentine, ma culture est un mĂ©lange de Mafalda et de confiture de lait (spĂ©cialitĂ© argentine depuis des lustres et importĂ©e en Europe depuis une trentaine d’annĂ©es)… A Mafalda se mĂ©lange les cours d’histoire en amphi : la colonisation par les espagnols au 16ème, l’indĂ©pendance, les dictatures militaires… Les nazis qui y trouvent un refuge. Le triste Ă©pisode de la guerre des Malouines (Las Malvinas en espagnol). Les violations des droits de l’homme, la torture, les disparitions…

Evita et Juan Peron

Les réfugiés politiques à Madrid. Les énormes crises économiques. La pauvreté.

J’avoue je n’ai pas tout suivi, pas tout compris. Je sais qu’Ă  Madrid, quand j’y vivais Ă  la fin des annĂ©es 80 et au dĂ©but des annĂ©es 90 il y avait pas mal d’argentins. ArrivĂ©s Ă  Madrid pour raisons politiques ou Ă©conomiques, ce n’Ă©tait pas toujours clair pour moi.

Le maté, la boisson la plus argentine de toutes

J’habitais dans un immeuble de 5 Ă©tages oĂą le 4ième et le 5ième Ă©tage ne formait qu’un grande famille de peintres basco-navarrais, d’apprentis comĂ©diens, d’une française prof (devinez qui), d’amĂ©ricains de passage, d’ex-Ă©tudiants nicaraguayens en URSS complètement larguĂ©s après la Chutte du Mur, d’une canarienne et aussi il y avait un argentin… On buvait le cafĂ© chez les uns chez les autres. On s’empruntait des clopes, du fric, du sel. On passait en pyjamas chez les uns chez les autres pour pleurer un coup, se faire consoler, se faire inviter Ă  bouffer etc etc.

Comme j’Ă©tais un peu grande gueule, un jour que Carlos, l’Argentin me fĂ©licitait sur mon espagnol en nuançant son propos « Bien qu’on entende un lĂ©ger petit accent français en faisant attention »… Je lui retournais le compliment « Toi aussi tu parles super bien espagnol, malgrĂ© quelques petites fautes et ton accent italien, qu’on ne peut pas qualifier de « lĂ©ger ». On s’Ă©tait bien marrĂ© et on Ă©tait parti bras dessus bras dessous boire une ‘tite bière Ă  la Santa Ana, avec quelques tapas.

Tout cela pour vous dire que ce que je connais le mieux de l’Argentine c’est comment les argentins parlent espagnol:

La première chose qu’on remarque c’est que de prime abord on peut confondre un argentin avec un italien qui parlerait très bien espagnol car beaucoup d’argentin parlent avec un accent plutĂ´t italianisant (60% d’entre eux aurait au moins un ancĂŞtre italien). Cela est dĂ», tout naturellement, Ă  une très forte immigration italienne en Argentine au XIX et XXièeme siècle. (Je reviendrai après sur l’immigration). L’Argentin parle aussi plus lentement que l’espagnol ce qui fait que son accent peut aussi s’assimiler Ă  un accent français. (Plus d’une fois on m’a demandĂ© si j’Ă©tais Argentine!!! Ou de quel-qu’autre pays sud-amĂ©ricain!)

VoilĂ  pour l’accent. Ensuite un peu comme le français du QuĂ©bec, l’espagnol d’Argentine Ă  conservĂ© des formes anciennes de la langue, des mots de vocabulaire qui existaient dans l’espagnol de l’Ă©poque de la colonisation mais qui ne s’emploient plus guère dans la pĂ©ninsule.

Patagonie

La diffĂ©rence la plus marquante entre l’espagnol du vieux continent et celui d’Argentine se trouve dans la manière de conjuguer la deuxième personne : le « vosĂ©o« . Le vosĂ©o consiste Ă  utiliser « vos » au lieu de « tu », et c’est ainsi qu’on parlait en Espagne jusqu’au 16ième siècle. L’argentine a donc conserver une forme ancienne de parler.

Tu peux : « tu puedes » en esp.  « vos podes » en Argentine

Tu viens : « Tu vienes » en esp; « vos venis » en Argentine

Cependant le complĂ©ment d’objet directe n’est pas « os » comme il serait logique mais « te ». Ce qui nous donne : « Vos como TE llamas » (Comment tu t’appelles? »)

En français nous n’avons qu’un VOUS qui sert pour le TU pluriel et pour vouvoyer une seule personne. C’est pas très pratique. En espagnol pĂ©ninsulaire il y a deux « vous » : « vosotros » qui est le pluriel de TU et Usted et ustedes qui sont les VOUS de vouvoiement singulier et pluriel.

Les argentins utilisent « ustedes » comme vous de tutoiement…

Ouaip, je sais. A ce stade de mon post il ne reste que Dr K, VĂ©ro, Jenny, peut-ĂŞtre Cristophe ( qui est un peu maso ;-))…

Les argentins sont en fait très facile Ă  comprendre une fois qu’on a pigĂ© leur manière de conjuguer. On prend le pli sans difficultĂ©, puisqu’on devine tout (facile Ă  comprendre mais pas forcĂ©ment Ă  reproduire).

Le vocabulaire, bien sĂ»r, est Ă©galement très riche des apports italiens ou d’origine locale. Mais lĂ  je m’y connais moins. Dans les films j’apprends beaucoup de mots comme « pelotudo » (hier soir dans El Cuento Chino) qui est un pur « amĂ©ricanisme » (pas des USA hein, d’AmĂ©rique du sud!) qui signifie « idiot » ou « imbĂ©cile ».

A noter un truc rigolo c’est qu’en Argentine tous les espagnols sont appelĂ©s « gallegos » c’est Ă  dire « galiciens »…

L’argot de Buenos Aires s’appelle le Lunfardo : il est formĂ© du mĂ©lange de l’italien, du français, de l’Espagnol…

Quand j’Ă©tais en premier annĂ©e de fac j’avais une prof qui Ă©tait de Buenos Aires. Je ne sais plus son nom. Mais elle Ă©tait d’origine belge. Elle avait vraiment un physique très nordique (grande, blonde au yeux bleus) mais Ă©tait très argentine! 🙂

Alors que certains sud-amĂ©ricain sont très « indiens/espagnols » l’Argentine est le pays le plus europĂ©ens d’AmĂ©rique du sud. Comme je le disais tout Ă  l’heure l’immigration Ă  Ă©tĂ© extrĂŞmement forte vers l’Argentine au au long des XIX et XXième siècle… Ce qui explique pourquoi aujourd’hui l’espagnol n’est pas la seule langue parlĂ©e dans ce pays.  L’italien est parlĂ© par 1 500 000 personnes, l’allemand par 400 000 personnes, le gallois (!!!!) par 25 000 personnes, mais aussi le QuĂ©chua par un million de personnes. Par ailleurs 220 000 français sont arrivĂ©s en Argentine Ă  cette Ă©poque majoritairement des basques, des aveyronais et des bĂ©arnais!

Bon je vais m’arrĂŞter lĂ . Le sujet me passionne, mais je sens bien que…

Allez, sur ce adihatz et portez-vous bien.

Très intéressant à lire au sujet de la démographie argentine, CLIC.

Mahie a regardĂ© pour vous…

VoilĂ  un film que je voulais voir depuis des mois, parce que c’est un film avec Ricardo Darin que j’ai dĂ©couvert il y a… quelques mois , parce que c’est un film argentin (l’Argentine m’intĂ©resse) et parce que le film si il est arrivĂ© jusqu’en Europe n’est pas une daube, mais un film de qualitĂ© comme en tĂ©moigne le fait qu’il soit passĂ© dans les salles d’arts et d’essai de France et mĂŞme de Navarre (Pau, voyez-vous) et puis aussi parce qu’il avait une excellente critique dans TĂ©lĂ©rama, le magasine que mon Jules critiquait parce que c’Ă©tait le magasine tv des intellos qui ne regarde pas la tv et qui maintenant y est encore plus accro que moi, voyez les consĂ©quences sur un matheux d’épouser une « littĂ©raire »….

Plus le dĂ©but d’une interview de Darin qui est une douceur toute argentine…

Vous vous rappelez que je vous avais dĂ©jĂ  parlĂ© de Darin quand j’avais vu « Dans ses yeux » un autre excellent film.