Le 6 dĂ©cembre, dans le train

Il fut un temps oĂą je prenais le train tellement souvent que cela n’avait pour moi presque aucun attrait particulier. J’ai bien dit « presque », j’ai toujours adorĂ© le train.

Je suis dans le TGV. Je ne l’ai pas pris depuis 2008 je crois. Je suis comme une gamine, tellement heureuse d’ĂŞtre dans un… train!

Il y a tellement longtemps que je ne l’ai pas pris que les sièges ont changĂ© de couleur et de forme. Ils sont oranges et violets. C’est beau. je roule Ă  l’envers dommage. Je suis cĂ´tĂ© couloir. Un homme, jeune, Ă  cĂ´tĂ© de moi dort. Il n’y a que dans les trains que des inconnus dorment comme ça paisiblement et sans crainte Ă  cĂ´tĂ© les uns des autres… Nous sommes entre deux fenĂŞtres. Nous ne voyons pas grand chose. J’aime tellement regarder le paysage qui dĂ©file, mĂŞme si je n’en vois qu’un petit bout, rien ne peut gâcher ma bonne humeur. Le ciel est turquoise, pas l’ombre d’une ondĂ©e. Ces quelques jours Ă  la capitale du sud-ouest se prĂ©sentent sous les meilleures augures.

Photo0942Ce matin, c’Ă©tait dessin : beau temps, pied ferme… Je ne me suis pas cassĂ© la figure contre le mur devant l’Ă©cole. Je suis en progrès. J’avais mis mes bottes des 7 lieues, celles qui accrochent au macadam. Le cafĂ© chaud et amère Ă©tait revigorant, les rires avec les « collègues » aussi, revigorants, pas amères.

Le train s’incline doucement Ă  droite… A gauche… Et mon Ă©criture vacille… Autrement les rideaux oranges plissĂ©s bougeait aussi. Un autre train passe sur la voie en un vrombissement familier.

Je capte une conversation, des mots perdus, deux places devant nous « Elle a bien fait tu sais », « la semaine prochaine » « examens » « Solvègue » « moi assi  » « Je sais ». Un parfum, je reconnais Paris de YSL, flotte dans l’air… C’Ă©tait le parfum d’une de mes collocs. Le contrĂ´leur passe en tanguant. L’air est doux et tiède, le train comme un cocon douillet. Dehors le soleil (encore lui!) inonde une campagne industrialisĂ©e. On penche doucement Ă  droite, puis Ă  gauche… On est bercĂ© comme des enfants… De l’autre cĂ´tĂ© du couloir je ne vois rien non plus : il y a les bagages. C’est nouveau les bagages rangĂ©s au milieu du wagon. Je m’enfonce avec dĂ©lice dans mon fauteuil, dans le silence ouatĂ© ou les murmures des conversations penchent Ă  droite… La porte automatique  en face de moi s’ouvre dans un soupir, on penche Ă  gauche… Elle se referme.

Le train est une parenthèse, quelques heures de repos et de quiĂ©tude obligatoires, hors du temps, des gens, du stress. Il n’y a qu’attendre gentiment assise, somnoler ou regarder mollement le paysage. On rĂŞvasse, on bouquine, on ferme les yeux… Pas question de faire tout ça au volant d’une voiture!

Je m’endors. Total lâchĂ© prise.

Quand la contrĂ´leuse passe 4 d’jeuns arrivent Ă  mon niveau. C’est marrant (songe-je) : on dirait des bidasses… Mais les bidasses ça n’existe plus! La contrĂ´leuse flashe leurs tĂ©lĂ©phones (Oh non on est en plein dans Retour vers le futur avec les skates volants lĂ !!!) Je me sens toute bĂŞte d’avoir imprimĂ© mon billet… En mĂŞme temps je n’ai pas de « smartphone »… Elle dit : « Carte militaire s’il vous plait! » Oh ben mince alors : des engagĂ©s! Ça alors, c’est bien la première fois depuis des siècles que je vois des d’jeuns de 18 piges engagĂ©s dans l’armĂ©e… Puisque dans les annĂ©es 10 oĂą nous sommes on y envoie plus les beaux gars de force Ă  l’armĂ©e… Comme… Vous m’avez compris. Ne m’obligez pas Ă  Ă©crire… « autrefois ». Donc ce sont forcĂ©ment des engagĂ©s… J’ai plus de tolĂ©rance pour eux, mon grand âge me rend bienveillante. Quand j’avais leur âge je ne les aimais pas du tout.

Je retourne Ă  mes lectures. Et pour info la dame contrĂ´leuse elle a aussi flaschouillĂ© la feuille que j’ai imprimĂ©e Ă  la maison. Parce que moi aussi je suis moderne, voilĂ ! Si mon tĂ©lĂ©phone Ă©tait plus intelligent elle pourrait le flasher la prochaine fois…

Je suis super excitée, dans une heure je verrai le soleil se coucher sur le port de la lune. Bordeaux me voilà! Je vais respirer ton bon air citadin à plein poumon!! Et retrouver El Marido devant le Grand-Théâtre! Rah!