Journal d’un chercheuse d’emploi 2

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« Bon alors est -ce que tout le monde sait pourquoi il est lĂ ? »

Tout le monde prend la tĂŞte de « J’en ai aucune idĂ©e ». Ça m’Ă©nerve. « Bon, vos conseillers vous ont expliquĂ© en quoi consistait cette prestation? » Encore la tĂŞte  » Non non non » sur mes coĂ©quipiers. Ça m’Ă©nerve, je prends la parole. J’explique en quoi consiste la prestation en quelques mots et l’assure que je sais parfaitement pourquoi je suis lĂ  et que mon conseiller Ă  parfaitement fait son travail et m’a Ă©galement orientĂ© vers la page perso de Paul pour lire le contenu de la prestation. Pff. Soupir(dans ma tĂŞte). J’ai l’impression d’ĂŞtre encore sur un bateau fantĂ´me.  Ça va durer 3 mois, explique-t-elle, 1 matinĂ©e par semaine, en groupe une semaine, la suivante en entretien perso.

Le problème c’est qu’on est 17 inscrits. « Et que je ne peux en garder que 12 » continue-t-elle. Paul est au courant… Il connait très bien la situation et c’est parce qu »il y a toujours plusieurs dĂ©sistements au cours de la prestation qu’il nous en envoie un peu trop… Je me retiens encore de rouler les yeux vers le ciel ou de soupirer bruyamment. « Comprenez-moi bien je ne veux chasser personne. Je sais comme il est dur d’ĂŞtre en recherche d’emploi depuis quelques annĂ©es… Mais vous ĂŞtes 17 et j’ai besoin que 5 personnes se dĂ©sistent ». Les culs s’agitent sur les chaises de bureau couvertes toujours du mĂŞme tissus bleu roi. « Cette prestation consiste Ă  rĂ©pondre Ă  un besoin de rĂ©orientation professionnel, Ă  dĂ©finir un projet clair. » « Si vous avez dĂ©jĂ  un projet dĂ©fini, cette prestation ne vous sera d’aucune aide »… 1 fille, puis un garçon se dĂ©noncent : ils ont dĂ©jĂ  un projet. On se croirait dans un jeu jeu tĂ©lĂ©visĂ© pas très drĂ´le. 1 troisième prend la parole : il a dĂ©jĂ  un projet, une formation « Afepa » pour septembre.

Il faut encore que 2 personnes partent de leur plein grĂ©. « Je ne veux forcer personne!  Bon but c’est de vous aider… Mais les textes prĂ©voient 12 participants. Je ne ne peux pas excĂ©der ce nombre. D’ailleurs ça ne serait pas intĂ©ressant, on serait trop. Paul le sait. » Isabelle (je lui donne un nom puisqu’elle ne nous en a pas donnĂ©) a la cinquantaine dynamique, le regard clair, les dents bien blanches, elle est mince, blonde, j’imagine qu’elle fait de l’Ă©quitation… Pourquoi pas de l’Ă©quitation…

Le tĂ©lĂ©phone sonne, elle repart dans le bureau Ă  cĂ´tĂ© oĂą elle a accueilli tout le monde. Au tĂ©lĂ©phone c’est une retardataire. La fille est perdue quelque part. « A la mĂ©diathèque? Mais non monsieur nous ne sommes pas Ă  la mĂ©diathèque! » (Ah en fait c’est un monsieur) « Mais monsieur il fallait partir plus tĂ´t! Mais enfin vous n’avez pas regarder votre convocation avant de partir? »… »Mais enfin monsieur nous ne pouvons pas vous attendre, vous avez 30 minutes de retard… Mais non je ne peux pas vous dire comment arriver ici! Vous vous rendez compte? HĂ© bien arrivez quand vous pouvez! »

La revoilĂ .

Un autre type a eu le temps de rĂ©flĂ©chir et se dĂ©nonce : il n’a rien Ă  faire ici. Il fait de longues missions d’intĂ©rim, ça ne lui plait pas, mais il ne peut pas « signer » pour 3 mois avec « la prestation ». « Mais alors pourquoi on vous a envoyĂ©? » « J’aimerais me rĂ©orienter…  »

Isabelle refait le point sur le contenu du truc. Ca me convient Ă  100%.

Il est 10h05, « Le club de cinq » part. Ils n’auront aucun soucis avec Paul, c’Ă©tait prĂ©vu de toutes façons. On est plus que 10, il y en a deux perdus dans la nature. Isabelle va faire les « contrats » individuellement dans son bureau. 5 partent fumer une clope. On reste 4 dans la salle. Heureusement que je gratte mon papier Ă  toute vitesse.

Sur le tableau il y a Ă©crit… (Ă  suivre)