Hypocondriaque

Je viens d’une famille oĂą on ne frĂ©quentait pas trop les mĂ©decins. Enfin oui et non…

Un des grand-pères de ma mère, Émile, Ă©tait mĂ©decin dans un très joli village de la DrĂ´me et est une lĂ©gende familiale… En tous cas pour moi. Émile sur les photo avec sa petite barbe pointue, ses lorgnons et son sourire sympathique…

Va savoir pourquoi, ma mère n’Ă©tait cependant pas très fan des salles d’attente de toubib. Elle les suspectait tous d’ĂŞtre des docteurs Knock (pièce qui l’avait apparemment un peu trop marquĂ©e) et d’ailleurs je ne sais auquel des mĂ©decins qu’elle avait Ă©tĂ© amenĂ©e Ă  voir elle avait dĂ©clarĂ© « Vous me faites penser au Dr Knock! » (Maman Ă  toujours Ă©tĂ© un modèle de diplomatie…), il l’avait mal pris. elle s’en Ă©tonnait presque. En tous cas ça la faisait marrer.

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Elle se mĂ©fiait de l’ophtalmo qui prenait son thĂ© tranquilement avec sa femme alors qu’il avait la salle d’attente pleine Ă  craquer de patients ayant apportĂ© leur pique-nique car connaissant l’hurluberlu qui osait la faire attendre, elle et ces gens, dans cette microscopique ( de qui se moque-t-on?) salle d’attente oĂą trĂ´nait un « horrible tableau de Bernard Buffet » (sans aucun doute authentique vu la tune que se faisait cet homme sur le dos des pauvres gens, pas comme son grand-père qui ne faisait pas payer les personnes trop dĂ©munies) qui semblait ĂŞtre lĂ  pour faire peur aux patients, le tableau.

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Maman  voyait donc les mĂ©decins le moins possible et nous les faisait rencontrer encore moins…

J’ai souvent entendu parler d’un pĂ©diatre haut en couleurs que je n’ai du voir que le minimum et dont je n’ai strictement aucun souvenir. D’ailleurs, enfant, je n’avais aucun vaccin Ă  jour et si ce n’avait Ă©tĂ© par l’Ă©cole je n’aurais jamais vu aucun toubib!

Je ne me rappelle en fait avoir vu un mĂ©decin qu’une seul fois Ă  la maison! Que ce soit pour moi ou quelqu’un d’autre! Il se trouve que c’Ă©tait pour moi : J’avais 10 ans et la rougeole! C’Ă©tait très Ă©trange pour moi de voir un type inconnu  assis sur le bord de mon lit en train de m’ausculter. Pour une fois j’Ă©tais « vraiment malade » et maman ne pouvait pas me soigner avec de l’aspirine ou de la solutricine ou du charbon ou un sirop demandĂ© Ă  la pharmacie… La seule fois de ma vie oĂą j’ai vu un toubib, dans l’exercice de ses fonctions, Ă  la maison.

Parce qu’autrement… Mon père n’avait, de par son mĂ©tier, que des amis mĂ©decins… (en dehors des vieux copains des bozars).

Hum… Les rares professionnels de la santĂ© que j’Ă©tais amenĂ© Ă  voir ne me plaisaient vraiment pas…

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Notre dentiste semblait n’avoir Ă©tĂ© choisi que parce que son cabinet, jouxtait l’agence ou papa travaillait et aussi peut-ĂŞtre (ou n’Ă©tait-ce qu’un bonus du au hasard?) parce qu’il Ă©tait amateur d’art. Autrement c’Ă©tait un affreux petit bonhomme vieillisant, dont la femme Ă©tait complètement zinzin.

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La femme du dentiste Ă©tait très rondelette, très petite et très enjouĂ©e. Elle traversait le cabinet de son nĂ©poux habillĂ©e d’une robe jaune Ă  grands ronds oranges, engoncĂ©e dans un imper vernis blanc… Elle Ă©tait l’Ă©gĂ©rie improbable et presque inquiĂ©tante de la maison Courrèges (qui n’en savait rien). Souvent avec un chapeau en toile cirĂ© sur la tĂŞte, trop de bleu mal appliquĂ© sur les yeux, rouge Ă  lèvres idem, dĂ©bordant toujours par maladresse, on la croisait sous les arcades. Elle Ă©changeait quelques mots avec maman de sa voix chantonante et ravie. Elle Ă©tait extrĂŞmement Ă©-trange.

Bon bref je dĂ©testait tellement ce dentiste que maman ne m’y emmenait plus et j’avais une dentition Ă  faire peur. Puis on entendit parler d’un autre dentiste « bien mieux » et on l’essaya… Je le dĂ©testait tout autant et finissait ma vie rochelaise pleine de caries… La honte.

Je frĂ©quentais aussi un kinĂ© que mon père trouvait extra. C’Ă©tait l’ex mari de ma prof de » je sais plus quoi » qui Ă©tait sortie avec un autre prof (oh ça je me rappelle très bien de quoi), c’est pour ça qu’ils Ă©taient divorcĂ©s, je crois. On y allait ensemble (la honte) faire trempette dans une piscine surchauffĂ©e, Ă  la clinique du Mail. Je trouvais ces sĂ©ances de kinĂ© inutiles et barbantes, mais j’y allais quand mĂŞme espĂ©rant qu’un jour, quand mĂŞme ça soulagerait mon pauvre dos d’adolescente au dos en « S » comme souffrance.

J’allais oubliĂ© que comme je n’avais pas de toubib vers mes 14 ans je me suis choisi la mère de ma  meilleure amie, qui arrivait de Dunkerk  (Dans le Nord) pour lui parler de mes douleurs de dos… Ma mère n’avait pas confiance en elle non plus. Mais je crois que c’Ă©tait parce que c’Ă©tait une femme. Ma mère n’Ă©tait pas toujours très moderne. En plus elle Ă©tait divorcĂ©e, la mère de ma copine et ma mère ne trouvait pas les divorces trop Ă  son goĂ»t, je crois. Elle pensait qu’il fallait faire des efforts pour rester collĂ©e avec son bonhomme, quoi qu’il arrive.

En consĂ©quence de ma dĂ©cision d’avoir enfin un toubib Ă  moi (la mère de ma copine, donc) On a enfin fait une grande sĂ©ance de radio chez le copain radiologue de mon père avant de dĂ©cider que, vraiment, j’Ă©tais bien tordue et que ça devait faire mal, très mal. Ce que je savais depuis longtemps puisqu’Ă  l’Ă©cole primaire j’allais une fois par semaine aux sĂ©ances rĂ©Ă©duc’ (avec d’autres petites filles tordues des diffĂ©rentes Ă©coles primaires de LR) prescrites par le mĂ©decin scolaires… Heureusement qu’il Ă©tait lĂ  celui-lĂ … Mes parents ne m’aurait jamais envoyĂ©s lĂ  si ça avait dĂ©pendu un quart de seconde de leur volontĂ©. Mais passons…

Tout cela ne vous explique pas le titre de ce billet… Mais cela explique qu’un jour quand mĂŞme j’ai pris ma santĂ© en main. C’est fou comme le fait de pouvoir choisir son toubib rend toute l’affaire beaucoup plus cordiale… Mais ce n’Ă©tait pas Ă  14 ans…  Après j’ai encore vu un toubib dit « du rugby » quand j’Ă©tais au lycĂ©e que j’ai trouvĂ© ĂŞtre un pauvre phallocrate inutile et complètement nase. Oublions. Et le mĂ©decin scolaire vicieux, oublions…

J’ai tellement souvent parlĂ© de toubibs ici que je me demande pourquoi je n’ai pas encore crĂ©e une catĂ©gorie « Toubibs ». (A SUIVRE…)

« Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent ». Knock, Jules Romains