Hypocondriaque

Je viens d’une famille où on ne fréquentait pas trop les médecins. Enfin oui et non…

Un des grand-pères de ma mère, Émile, était médecin dans un très joli village de la Drôme et est une légende familiale… En tous cas pour moi. Émile sur les photo avec sa petite barbe pointue, ses lorgnons et son sourire sympathique…

Va savoir pourquoi, ma mère n’était cependant pas très fan des salles d’attente de toubib. Elle les suspectait tous d’être des docteurs Knock (pièce qui l’avait apparemment un peu trop marquée) et d’ailleurs je ne sais auquel des médecins qu’elle avait été amenée à voir elle avait déclaré « Vous me faites penser au Dr Knock! » (Maman à toujours été un modèle de diplomatie…), il l’avait mal pris. elle s’en étonnait presque. En tous cas ça la faisait marrer.

knock

Elle se méfiait de l’ophtalmo qui prenait son thé tranquilement avec sa femme alors qu’il avait la salle d’attente pleine à craquer de patients ayant apporté leur pique-nique car connaissant l’hurluberlu qui osait la faire attendre, elle et ces gens, dans cette microscopique ( de qui se moque-t-on?) salle d’attente où trônait un « horrible tableau de Bernard Buffet » (sans aucun doute authentique vu la tune que se faisait cet homme sur le dos des pauvres gens, pas comme son grand-père qui ne faisait pas payer les personnes trop démunies) qui semblait être là pour faire peur aux patients, le tableau.

bernard_buffet__clown_1967

Maman  voyait donc les médecins le moins possible et nous les faisait rencontrer encore moins…

J’ai souvent entendu parler d’un pédiatre haut en couleurs que je n’ai du voir que le minimum et dont je n’ai strictement aucun souvenir. D’ailleurs, enfant, je n’avais aucun vaccin à jour et si ce n’avait été par l’école je n’aurais jamais vu aucun toubib!

Je ne me rappelle en fait avoir vu un médecin qu’une seul fois à la maison! Que ce soit pour moi ou quelqu’un d’autre! Il se trouve que c’était pour moi : J’avais 10 ans et la rougeole! C’était très étrange pour moi de voir un type inconnu  assis sur le bord de mon lit en train de m’ausculter. Pour une fois j’étais « vraiment malade » et maman ne pouvait pas me soigner avec de l’aspirine ou de la solutricine ou du charbon ou un sirop demandé à la pharmacie… La seule fois de ma vie où j’ai vu un toubib, dans l’exercice de ses fonctions, à la maison.

Parce qu’autrement… Mon père n’avait, de par son métier, que des amis médecins… (en dehors des vieux copains des bozars).

Hum… Les rares professionnels de la santé que j’étais amené à voir ne me plaisaient vraiment pas…

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Notre dentiste semblait n’avoir été choisi que parce que son cabinet, jouxtait l’agence ou papa travaillait et aussi peut-être (ou n’était-ce qu’un bonus du au hasard?) parce qu’il était amateur d’art. Autrement c’était un affreux petit bonhomme vieillisant, dont la femme était complètement zinzin.

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La femme du dentiste était très rondelette, très petite et très enjouée. Elle traversait le cabinet de son népoux habillée d’une robe jaune à grands ronds oranges, engoncée dans un imper vernis blanc… Elle était l’égérie improbable et presque inquiétante de la maison Courrèges (qui n’en savait rien). Souvent avec un chapeau en toile ciré sur la tête, trop de bleu mal appliqué sur les yeux, rouge à lèvres idem, débordant toujours par maladresse, on la croisait sous les arcades. Elle échangeait quelques mots avec maman de sa voix chantonante et ravie. Elle était extrêmement é-trange.

Bon bref je détestait tellement ce dentiste que maman ne m’y emmenait plus et j’avais une dentition à faire peur. Puis on entendit parler d’un autre dentiste « bien mieux » et on l’essaya… Je le détestait tout autant et finissait ma vie rochelaise pleine de caries… La honte.

Je fréquentais aussi un kiné que mon père trouvait extra. C’était l’ex mari de ma prof de » je sais plus quoi » qui était sortie avec un autre prof (oh ça je me rappelle très bien de quoi), c’est pour ça qu’ils étaient divorcés, je crois. On y allait ensemble (la honte) faire trempette dans une piscine surchauffée, à la clinique du Mail. Je trouvais ces séances de kiné inutiles et barbantes, mais j’y allais quand même espérant qu’un jour, quand même ça soulagerait mon pauvre dos d’adolescente au dos en « S » comme souffrance.

J’allais oublié que comme je n’avais pas de toubib vers mes 14 ans je me suis choisi la mère de ma  meilleure amie, qui arrivait de Dunkerk  (Dans le Nord) pour lui parler de mes douleurs de dos… Ma mère n’avait pas confiance en elle non plus. Mais je crois que c’était parce que c’était une femme. Ma mère n’était pas toujours très moderne. En plus elle était divorcée, la mère de ma copine et ma mère ne trouvait pas les divorces trop à son goût, je crois. Elle pensait qu’il fallait faire des efforts pour rester collée avec son bonhomme, quoi qu’il arrive.

En conséquence de ma décision d’avoir enfin un toubib à moi (la mère de ma copine, donc) On a enfin fait une grande séance de radio chez le copain radiologue de mon père avant de décider que, vraiment, j’étais bien tordue et que ça devait faire mal, très mal. Ce que je savais depuis longtemps puisqu’à l’école primaire j’allais une fois par semaine aux séances rééduc’ (avec d’autres petites filles tordues des différentes écoles primaires de LR) prescrites par le médecin scolaires… Heureusement qu’il était là celui-là… Mes parents ne m’aurait jamais envoyés là si ça avait dépendu un quart de seconde de leur volonté. Mais passons…

Tout cela ne vous explique pas le titre de ce billet… Mais cela explique qu’un jour quand même j’ai pris ma santé en main. C’est fou comme le fait de pouvoir choisir son toubib rend toute l’affaire beaucoup plus cordiale… Mais ce n’était pas à 14 ans…  Après j’ai encore vu un toubib dit « du rugby » quand j’étais au lycée que j’ai trouvé être un pauvre phallocrate inutile et complètement nase. Oublions. Et le médecin scolaire vicieux, oublions…

J’ai tellement souvent parlé de toubibs ici que je me demande pourquoi je n’ai pas encore crée une catégorie « Toubibs ». (A SUIVRE…)

« Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent ». Knock, Jules Romains

 

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11 commentaires sur « Hypocondriaque »

  1. Est-ce que le fait d’avoir des médecins dans son entourage et dans la famille de son entourage rend hypocondriaque ? (Cristophe)

    Ou on devient hypocondriaque par réaction à un ancien manque ? (Audrey)

    Réponse au prochain épisode ?

    1. @ C : »Tout cela ne vous explique pas le titre de ce billet » ai-je écrit et effectivement ça n’ a strictement RIEN à voir… Je suis un peu partie dans tous les sens 😉

      @ A : peut-être oui… Je ne sais pas… Réponse au prochain épisode oui…

  2. « Médecin du rugby » j’aime bien l’expression… ça sonne un chouia comme médecin du colon ou médecin du coeur et des artères… quoique qu’à mon tout petit humble avis faut être un tout petit peu malade pour pratiquer ce qu’on appelle ce sport… bref, « Médecin du rugby » j’aime bien.

    Bleck

  3. @Bleck : Ha ha, c’était le toubib du stade, pour les matchs tout ça… Mon père était entraineur et tous mes frères y ont joué…

    @DDC : Exactement ce que pensais ma mère, mais elle y allait quand même quand elle devait changer de lunettes 😉

  4. j’ ai lu, alors que les textes me barbent en général,celui-là m’ a captivée, bien que je n’ ai pas réussi à démêler le pourquoi du comment
    mais c ‘ est pas grave, j’ ai lu et j’ ai aimé!!
    belle journée

    1. @Eva : welcome dans mon brick à brack 😉
      merci pour ce commentaire qui est très plaisant 🙂 En fait je suis partie sur une idée et puis j’ai été ailleurs du coup il n’y a pas trop de pourquoi du comment 😉
      Bonne journée à toi, ou bonne soirée!

  5. Coucou Mahie 🙂
    Moi j’ai eu un mère qui n’aimait pas la médecine traditionnelle (mais pas les médecins : j’en ai vus quelques uns). Ce qui fait que même si elle consultait le médecin, le plus souvent, elle nous soignait elle-même par homéopathie ou phytothérapie.
    Elle a aussi mis des années à se laisser convaincre qu’il fallait faire quelque chose pour mes dents toutes de travers, a mis quelques années de plus à se décider à s’occuper du dos tout de traviole de ma sœur, mais n’a jamais voulu rien faire pour s’occuper de ses problèmes de peau (à ma sœur), qui lui en veut encore énormément aujourd’hui…
    Heureusement qu’on grandit tous et qu’on finit par prendre nos propres décisions en matière de santé, qu’il faut assumer, évidemment 🙂

    1. @Isis : oui c’est un vrai plaisir quand on peut prendre ses décisions soi même quand on quite le nid 😉
      On a l’impression que chaque famille à un rapport différent à la médecine! lol
      Il a ceux qui sont les rois de l’automédication… Ceux qui ne se soignent pas du tout. Ceux qui ne vont voir que des magnétiseurs… Ceux qui devraient avoir une carte de fidélité chez le toubib (moi?)… Les pour et les contre l’homéopathie… On pourrait faire une galerie très haute en couleur!

  6. Haha, comme toujours ton écriture ajoute un plus… J’ai souri en lisant ton article où on voit bien que la famille dans laquelle on naît et les idées des parents influent beaucoup sur nos vies…au début en tout cas. Après on s’affranchit de certaines choses trop pesantes (ce fut mon cas) Et sinon la croûte de Buffet, hésite entre le cabinet de psy … ou une scène des Bronzés !

  7. Je parlerai plus des toubibs un de ces 4…
    Je crois que j’ai fait la connaissance de ce peintre à travers la salle d’attente de ce toubib… Evidement ce n’était pas ce tableau là… Mais il était très similaire et c’était vraiment « spécial » de patienter face à « ça » 😉
    Bises!

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