Ictus amnĂ©sique (Grosse fatigue : la suite)

Ça fait maintenant quinze jours que « j’ai « fais » mon ictus amnĂ©sique ». Est-ce que je vais mieux? Oui.

A quoi Ă©tait-ce du? Il n’y a pas de cause mĂ©dicale.

Est-ce que ça a laissé des séquelles? Physiquement : non. Moralement : oui.

Je vais bien, tout va bien. Une partie de la journĂ©e n’a pas Ă©tĂ© imprimĂ©e dans ma mĂ©moire et je ne m’en souviendrai jamais. C’est anodin? C’Ă©tait une journĂ©e comme une autre, Ă  quoi bon s’en rappeler? Non ce n’est pas anodin. C’Ă©tait une journĂ©e affreusement flippante. J’avais peur, j’Ă©tais en pleine panique. Je ne comprenais rien Ă  rien et ça je m’en souviens trĂšs bien. J’ai le souvenir d’une angoisse totale, de la peur d’ĂȘtre folle Ă  enfermer, de n’ĂȘtre plus rien.

J’ai des flashs, comme des lambeaux Ă©parses de rĂȘves…Je ne me rappelle quasiment pas m’ĂȘtre rĂ©veillĂ© et avoir pris le petit dĂ©j avec El Hijito. Ensuite, comme nous devions avoir une visite Ă  17h je me suis lancĂ© dans le mĂ©nage, avec une sorte de fiĂšvre. Je me rappelle avoir pensĂ© que j’en faisais trop, que j’Ă©tais comme hystĂ©rique au sujet du mĂ©nage…Je rappelle faire les choses mĂ©caniquement, Ă  fond, quasiment sans pouvoir respirer. Mais je ne me rappelle pas du tout de la matinĂ©e en elle-mĂȘme.

On dira que j’en ai trop fait et que j’ai pĂ©ter un cĂąble.

Je n’ai repris mes esprits qu’aux urgences.

J’ai le souvenir d’une angoisse Ă©norme. Je sais que j’ai rĂ©pĂ©tĂ© 100 fois peut-ĂȘtre « Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi je ne comprends rien? ». Dans mon trouble je pensais avoir fait un AVC.

Le ictus ce n’est pas vivre un truc, se « rĂ©veiller » et avoir oublier. C’est vivre sa journĂ©e et oublier en permanence, ne plus savoir ce qu’on a dĂ©jĂ  dit ou pas, ĂȘtre dans un Ă©tat de confusion mental, complet, total, pendant plusieurs heures (entre 5 et 10).

C’est vers 13h qu’El Hijito s’est rendu compte que quelque chose clochait (avant il Ă©tait sur le pc a regarder des vidĂ©os). Non seulement je n’avais rien prĂ©parĂ© Ă  manger (on dĂ©jeune gĂ©nĂ©ralement vers 12h30) mais j’Ă©tais complĂštement perdu au milieu du salon et rĂ©pĂ©tais sans cesse les mĂȘmes questions « Qu’est-ce que j’ai fais ce matin? » « Est-ce que j’ai fait du jardinage? » « Qu’est-ce qui se passe? »… Il a contactĂ© son pĂšre qui est arrivĂ© dans la demie heure. Pendant une heure Ă  la maison il s’est passĂ© des choses dont je n’ai aucun, mais alors aucun souvenir. El Marido m’a racontĂ© que je ne savais plus en quelle annĂ©e nous Ă©tions, je ne savais plus que nous vendions la maison, je ne comprenais pas QUI avait fait les lits, mis telle taie d’oreiller… Je ne comprenais pas pourquoi j’Ă©tais habillĂ©e comme je l’Ă©tais etc… Il a fait cuire des pĂątes pour Titi (qui n’a pas voulu manger, on aurait l’appĂ©tit coupĂ© Ă  moins que ça), je ne m’en rappelle pas.

Heureusement son oncle est venu chercher El Hijito pour qu’El Marido puisse m’emmener voir un mĂ©decin. Il a eu le malheur de me dire que nous allions voir un confrĂšre de notre mĂ©decin de famille qui Ă©tait en vacances… Et j’ai fait une fixette : je ne voulais pas voir ce mĂ©decin (que je ne voudrais pas non plus voir en temps normal cela dit…) El Marido a mis une heure avant de pouvoir me dĂ©cider Ă  partir. Et a compris que si il voulait que j’y aille il ne fallait plus prononcer le nom de ce mĂ©decin. J’Ă©tais dĂ©sorientĂ©e, mais je voulais quand mĂȘme, me changer, mettre mes bijoux habituels… J’ai mis des sous-vĂȘtements coordonnĂ©s et une robe plus jolie que celle que je portais. Je suppose qu’El Marido s’impatientait. Je dis ça pour souligner que je n’Ă©tais pas inconsciente du tout.

Je ne me rappelle pas avoir Ă©tĂ© au cabinet mĂ©dical, juste deux flashs : le visage de ce mĂ©decin que je n’aime pas et le visage d’une femme inconnu Ă  l’accueil. Il parait que j’ai dit dit avec le regard complĂštement hagard que j’avais depuis le dĂ©but de l’ictus « C’est qui la dame? Pourquoi elle est lĂ ? C’est qui qui est lĂ  d’habitude? ». (C’Ă©tait une remplaçante). je pense que dans ce genre de situation il est trĂšs important que la personne « perdue » puisse trouver des repĂšres. Le fait qu’il y ait une remplaçante au cabinet mĂ©dical et que je ne vois pas mon mĂ©decin habituel a du en rajouter une couche Ă  mon incomprĂ©hension. El Marido m’a mĂȘme dit qu’en sortant du cabinet j’ai Ă©tĂ© jeter un coup d’Ɠil Ă  la salle d’attente de notre mĂ©decin de famille et ai dit, soulagĂ©e : « Bon ça va, ça au moins c’est normal ».

Je ne me rappelle pas de l’arrivĂ©e aux urgences (le toubib avait diagnostiquĂ© l’ictus et dit Ă  El de m’emmener aux Urgences illico), je ne me rappelle pas marcher dans le parking, rentrer  lĂ , voir d’autres gens…

Ça commence Ă  s’éclaircir trĂšs progressivement, je ne sais pas Ă  quelle heure, peut-ĂȘtre vers 15h00?  J’ai vu une infirmiĂšre, une femme mĂ©decin… C’est encore des rubans de rĂȘves Ă©pars…

Je me rappelle dire « Je ne comprends rien, je ne me rappelle de rien » et la femme mĂ©decin me rĂ©pondre « C’est pour ça que vous ĂȘtes lĂ ! » J’ai trouvĂ© ça rĂ©ponse abrupte et pas sympatrique… Elle m’a posĂ© plein de questions, j’ai pleurĂ©. Ses questions me jetaient dans un abĂźme d’incomprĂ©hension et de douleur, je revivais la derniĂšre fois oĂč j’avais Ă©tĂ© Ă  l’hĂŽpital, en 2007. Je pleurais. El Marido Ă©tait retenu Ă  l’accueil Ă  faire de la paperasse 😩

Quand il m’a rejoint les choses on commencĂ© Ă  s’Ă©claircir je crois. Bien que je lui ai rĂ©pĂ©tĂ© 10 fois, 20 fois les mĂȘmes questions… Avant de commencer Ă  imprimer les rĂ©ponses.

L’ictus amnĂ©sique est bĂ©nin. C’est tout ce qui compte pour les mĂ©decins et les proches pas si proches. Le lundi je croise ma belle-mĂšre qui me dit « Ah tu vas mieux!!! » Je rĂ©ponds « Bof ». Elle me dit « Tu es debout quand mĂȘme!! Alors ça va! »… Mouais, quand je n’avais aucune idĂ©e de qui j’Ă©tais et de ce qui se passait je marchais aussi… Je me rappelle de m’ĂȘtre dit Ă  un moment dans cette folle matinĂ©e que j’Ă©tais comme une oie sans tĂȘte (Ă  qui on vient de couper la tĂȘte) et qui courrait dans tous les sens, sans plus n’avoir de cerveau pour comprendre ou mes pas me menaient.

Nous sommes sortis des urgences vers 20h je crois. J’Ă©tais trĂšs soulagĂ©e de partir et de ne pas passer un nuit lĂ -bas. Les hostos ne me rappelle que des souvenirs douloureux. Je n’Ă©tais pas encore trĂšs « gaillarde ». Encore comme une andouille qui ne comprend pas tout.

En arrivant Ă  la maison j’Ă©tais au ralenti complet, je marchais comme une centenaire. Je vĂ©rifiais tout. Posais encore 1000 questions. Il fallait que je comprenne. La carafe laissĂ© sur la table du jardin. Un housse d’oreiller que je ne mets jamais dans ma chambre m’a bien perturbĂ© pendant 4 jours. Pourquoi l’avais-je mise? Était-ce vraiment moi qui l’avais mise?

Je n’avais aucun souvenir d’avoir laver par terre mais le sol trĂšs propre sous mes pieds me disait que si. D’ailleurs ça m’a fait trĂšs plaisir de rentrer dans une maison aussi propre. Je me sentais comme folle sortie d’un asil et qui ferait bien d’y retourner. Mes idĂ©es etĂ©it plus que sinistre pendant 48h.

Oui ça va. El Hijito est restĂ© chez sa tante et ses grand-parents quelques jours. le samedi et le dimanche j’Ă©tais dans un Ă©puisement total : je ne tenais pas debout, n’avait pas faim, voulait me reposer mais avait peur de rester seule, peur de mourir, d’ĂȘtre folle, de devoir ĂȘtre internĂ©e. J’Ă©tais comme une chiffe molle, trĂšs molle et angoissĂ©e. Qui piquait du nez sans cesse mais ne pouvait dormir pour autant du sommeil « du juste ». El Marido a Ă©tĂ© trĂšs rassurant et comprĂ©hensif. m’a rassurĂ© tout le temps et finalement aprĂšs quelques jours de super angoisse tout s’est remis Ă  sa place et El Hijito est revenu (il passait me voir tous les jours, avant de revenir avec son baluchon). Heureusement pour moi El Marido avait pris une semaine de vacances et a pu ĂȘtre au petit soin pour sa petite femme…

Quand Titi est revenu on en a parlĂ© un peu. Il a dit qu’il avait eu « un peu » peur… Il m’a racontĂ© ce qui s’Ă©tait passĂ©. Son pĂšre avait appelĂ© quand il lui avait dit sur FB que j’allais pas bien. El Marido m’avait entendu dire d’un voix Ă©trange « Qui est au tĂ©lĂ©phone? Qu’est-ce qui se passe? A qui parles-tu? Pourquoi? »…

Je vous fais de gros bisous et vous souhaite le meilleur et si vous voulez partager votre expĂ©rience d’un fait similaire : je suis tout ouĂŻe!! (C’est comme ça qu’on dit?)

Bisous Ă  tous!