Peut-ĂȘtre que je n’aurais pas du y aller.

Peut-ĂȘtre que je n’aurais pas du y aller.

AprĂšs tout je la connaissais trĂšs peu, mĂȘme si ça faisait des annĂ©es. Depuis que Titi est en maternelle ici. Pratiquement tous les jours je la croisais aprĂšs avoir dĂ©posĂ© le fils,  elle arrivait Ă  la bourre avec sa fille, un grand sourire ouvert et gĂ©nĂ©reux aux lĂšvres. On se faisait des signes amicaux, des sourires, des « Ă§a va? ». Tout le monde est pressĂ© le matin.

Morte en 3 jours. Avant en parfaite santĂ©. Et puis voilĂ . « EmportĂ©e »

Sa fille de 12 ans. Son mari… La cathĂ©drale pleine. Tout le monde effondrĂ©, dans le choc. Elle venait d’avoir 50 piges, elle en paraissait moins.

Je ne suis pas catholique mais je voulais par ma prĂ©sence lui rendre hommage, ĂȘtre prĂ©sente pour sa fille. Qu’elle sache que sa mĂšre Ă©tait une personne rayonnante qui attirait la sympathie.

Ça a Ă©tĂ© un moment trĂšs dur. Le prĂȘtre parlait d’espĂ©rance, de dieu. Il disait qu’il ne fallait pas que nous soyons accablĂ©s et qu’il fallait que nous soyons heureux. Quelque chose comme ça. Il Ă©tait trĂšs bien le prĂȘtre mais il n’arrivait pas Ă  nous sortir de notre peine Ă  tous. On Ă©tait sidĂ©rĂ©s, bouleversĂ©s.

J’espĂšre que ses paroles, sincĂšres, auront mis du baume sur le cƓur de sa fille, de son mari, de ses proches. Ils tenaient le coup, pour l’instant. C’est inimaginable de perdre sa mĂšre Ă  cet Ăąge lĂ . C’est terrible aussi quand l’organiste joue des morceaux si tristes et quand le prĂȘtre dit des paroles si justes.

La messe a durĂ©e une heure et demie, une heure et demie de rĂ©flexion, de relativisation de mes problĂšmes Ă  moi, mais je ne veux pas penser Ă  moi. Ne pas ĂȘtre Ă©goĂŻste dans ses moments lĂ . Pour moi le cĂŽtĂ© priĂšre n’Ă©tait pas prĂ©sent. Juste une intense rĂ©flexion sur le sens de la « vie ». Sur cette mĂšre qui ne sera plus lĂ  pour Ă©treindre son enfant. Toutes les Ă©motions qui se bousculent : le visage de cette prĂ©-ado, de cet homme, les Ă©motions passĂ©es. L’impression que plus rien n’a de sens aussi.

Une pensée forte aussi pour ceux et celles qui passent par là et qui souffrent.