538 mots de plumes lĂ©gères

snow

Il est quatre heures du matin. C’est dĂ©cembre et le froid est vif Ă  600 mètres d’altitude. Les rues sont vides. Mes pas rapides font voleter quelques plumes de pigeons sur le trottoir. La neige commence Ă  tomber, Ă©paisse, lourde et va enfin embellir la ville de sa couverture de coton, recouvrir le cadavre du pigeon heurtĂ© par un bus rouge dont le pot d’échappement laisse sortir une fumĂ©e dĂ©goutante. J’ai sommeil, je frissonne, il faut que je dorme. J’arrive. J’ai encore cinq Ă©tages Ă  monter avant de retrouver mon lit, bien protĂ©gĂ©e derrière notre porte blindĂ©e, bien fermĂ©e, au chaud. Je claque la porte gigantesque de l’immeuble, le clic du taquet rĂ©sonne fort dans le hall silencieux et je commence Ă  monter les marches du vieil escalier en bois, sous la lumière des ampoules un peu vacillantes. Je monte vite, sans m’essouffler, en faisant du bruit avec mes talons, pour avertir de mon arrivĂ©e, au cas oĂą. Je ne veux pas surprendre. Devant le 5B, l’entrĂ©e de mon nid, au cinquième Ă©tage, je trouve comme je m’y attends, un droguĂ© en train de se faire une piquouse. Dans l’ombre du renfoncement il est recroquevillĂ©, C’est El QuiquĂ©. Il me dit » N’ai pas peur, je vais partir! S’il te plait, n’appelle pas les flics! S’il te plait! Je pars dès que j’ai fini! » Je dis « Ok, t’inquiète pas » et je l’enjambe pour rentrer. « T’es folle de ne pas appeler les flics! » Carlos fait du cafĂ© dans la cuisine. La cendre de sa clope tombe par terre. « T’attends quoi, qu’il y en ait un en manque qui te plante son aiguille parce qu’il veut ton fric!? ». Avec Carlos on est dans une impasse… La poĂ©sie ça ne l’intĂ©resse pas. Les junkies ça ne l’intĂ©ressait pas. Les dessins, les manifs du 8 mars… La souffrance. Tout ça, ça ne l’intĂ©resse pas, ce n’est pas pour lui. « J’appelle les flics », il dit. Je lui dis que non. Que j’ai dit que je ne le ferai pas. Il s’assoit Ă  son bureau et se remet Ă  sa machine Ă  Ă©crire Ă©lectrique. « Laisse-moi voir si il est parti, je vais lui dire qu’il faut pas qu’il revienne ». Carlos me regarde avec un peu  d’hostilitĂ©, de mĂ©pris? J’entrouvre la porte, El QuiquĂ© est toujours lĂ , la plĂ©nitude a envahie son visage, il s’est endormi. Je referme doucement la porte « Il est parti » Je dis Ă  Carlos. « Youpi » il me rĂ©pond sur un ton maussade. « Ras le bol, la prochaine fois j’appelle les flics ! ». Je n’ai plus aucune Ă©nergie, un trop plein d’Ă©motions. Faut pas croire, il me fout une trouille d’enfer Ă  moi aussi El QuiquĂ©. Mais l’idĂ©e de le savoir errer dans la neige, avec ses godasses Ă©ventrĂ©es, avec sa vieille veste Ă©limĂ©e… C’est presque un dĂ©chirement, une douleur. Je me traine jusqu’au lit : un matelas sur une planche posĂ©e sur des briques de chantier. Je m’enroule dans la couette, j’ai besoin de sa chaleur, je suis abandonnĂ©e sous la couette. Carlos rationne son affection, il est « pas d’humeur », il Ă©crit  sa thèse, il y passe ses nuits. Le chauffage Ă  gaz ronfle doucement et Ă©clair la chambre de sa lumière rouge. Mon pieds droit tombe dans un gouffre.

les plumesLe règlement c’est lĂ  pour ceux qui veulent participer. Cliquez sur l’image

Les mots à caser étaient : Frissonner, vide, humeur, plume, embellir, enfin, sommeil, drogué, impasse, poésie, torture, plénitude, trop-plein, youpi, énergie, absence, temps, dénuement, bol, idée, déchirement, bus, besoin, rationner, abandonné

Les autres participants sont

Violette (Marina Chili), Jacou33, Mahie, Isa (Les tribulations d’une lectrice), Ghislaine, Mind The Gap, Adrienne, Pascal Bléval, Brize, Valentyne, Célestine, Patchcath, Mart, Soène, Nadège, Marlaguette, Marie de Même les Sorcières lisent, EmilieBerd, Martine27, Brindille33, Modrone-Eeguab, Nunzi. DimDamDom59. Cériat. Carnets Paresseux, La Katiolaise. Lilou Soleil. Réjanie 13, Eva and Family, Janick. MONESILLE. L’OR ROUGE. MIJO.