En guenilles

 

En écho à l’article de Séia que je vous invite à aller lire aussi :

Mon père était dessinateur dans un cabinet d’architectes. J’aurais voulu croire qu’il l’était aussi, car il disait toujours qu’il faisait tout le boulot. Mais sur les fiches qu’on nous faisait remplir à l’école, il voulait que j’écrive « artiste peintre ». Je trouvais ça un peu prétentieux je crois, car il ne peignait qu’en été. Je ne me rendais pas compte, je ne savais pas encore, que c’était « toute sa vie », la peinture. Les enfants ne comprennent pas tout de suite que leurs parents ont eut une vie avant leur naissance.

Pendant l’année, il s’habillait avec un pantalon gris de costume, une verste de costume, une chemise bleue pâle et une cravate club. Ses costumes étaient tout le temps élimés, pas très jolis. J’aimais pas trop cette manière de s’habiller. Il ne variait absolument pas son accoutrement, je doute qu’il ait eu plus d’un costume dans son armoire. Dommage qu’il n’ait pas choisi le jean une fois pour toute. Il faisait partie d’une génération (1926) qui pensait qu’on devait s’habiller  « correctement » pour aller bosser.

L’étĂ©, ils allaient en Espagne, en vieille Castille, pour peindre (loin du tourisme) dans une vieille ville traditionnelle, oĂą mon père avait Ă©tĂ© boursier. LĂ , il troquait son mĂ©chant costume pour un jean bleu ou « suprĂŞme Ă©lĂ©gance » : un jean blanc et une chemise blanche, tout l’étĂ©. Avec un chapeau.

110_6233Mon père et moi dans la campagne dĂ©sertique de Castille, j’ai 11 ans. Je porte une jupe en crĂ©pon violette, cousu Ă  la main, petit point par petit point par ma mère, selon un modèle de « 100 IdĂ©es » et un petit chemisier noir Ă  fleurettes roses de style liberty de chez Cacharel.

Ma mère était aussi « artiste peintre », ils s’étaient connus aux bozars de Paris. Elle était prof d’arts plastiques en collège, puis lycée. C’était une femme très élégante, très classe, vraiment gracieuse. Elle n’a jamais porté de chaussures plates en dehors de sa jeunesse et de sa vieillesse. Elle disait même que c’était mauvais pour la marche de porter des chaussures trop plates ! Toujours, toujours, en robe ou jupe. Elle a dû porter son premier jean à 40 ans bien tapé ! Mon père détestait qu’elle mette des pantalons mais pour elle, s’était pratique. Cependant au lycée elle était toujours en jupe ou robe. Toujours des vêtements de qualités, des plus jolies boutiques de LR. Cacharel était SA boutique.

Le dimanche, ça ne faisait pas beaucoup de différence. Bon, papa était souvent en survet à un moment ou un autre car il allait entrainer les poussins (il a fait ça toute sa vie (enfin la mienne)). Ma mère elle était élégante, ni plus ni moins que la semaine, n’importe qui pouvait sonner à la porte : elle était toujours superbe. C’était juste une question d’éducation. Ses sœurs étaient pareilles, sa mère idem.

Je ne saurai trop dire comment étaient habillés mes frères. De part notre situation géographique je crois que les pulls marins et les cabans, ainsi que les chapeaux en ciré de marin faisait partie de l’habillement le plus courant. Les pulls tricotés par ma grand-mère en grande quantité. Les pantalons en velours côtelés, enfin les pantalons en toiles. Pas beaucoup de variations non plus. Des chemises en coton à carreaux.

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Une robe faite par ma grand mère, blanche. EtĂ© 68? J’ai 3 ans… C’est l’Ă®le de RĂ©, sauvage, comme moi. On a pas pu touchĂ© Ă  ma tĂŞte et Ă  mes cheveux depuis des mois…

Que ce soit la semaine ou le dimanche nous étions habillés pareil. Je portais des jupes des robes, des pantalons de velours de couleur, des trucs qui faisait de l’électricité et j’avais toujours les cheveux hérissés sur la tête et la robe collé entre les jambes à cause des collants Dim orange, jaune, bleu canard et des sous pulls. J’avais de jolis habits. Mais les cheveux en vrac. Mes parents étaient à la fois très traditionnels et très hippies : je ne sais pas comment une chose pareil est possible, mais ça l’était : c’étaient probablement les bobos de l’époque ! Maman portait des foulards indiens et des bijoux artisanaux très sympas, elle était rayonnante.

Quand j’avais moins de 10 ans ma grand-mère me faisait plein de petits robes rigolotes. A cette époque (entre 1965 et 70, maxi 75) aussi ma mère allait chez une couturière du quartier faire faire ses robes. J’adorais aller chez cette femme. J’adorais l’atmosphère de son appartement-atelier, un grand deux-pièces lumineux sur l’avenue Coligny. C’était en fait une seule pièce. C’était chez elle et c’était son atelier.

Les jours de vote, mon père voulait qu’on y aille tous ensemble, et il se faisait un peu plus beau que normal, même si il était toujours très beau, propre comme un sou neuf et parfumé à l’Eau Sauvage. Maman, vous l’avez compris était toujours ravissante, très peu maquillée : juste un rouge à lèvres discret et un peu de masacara. Et nous c’était comme à macdo : on venait comme on était. Enfin moi en tous cas. Mes frères peut-être pas.

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Papa, toujours en cravate, mĂŞme pour s’amuser!

Le fait est que mes frères ont aujourd’hui encore une tendance Ă  se faire beaux pour les « fĂŞtes », contrairement Ă  moi qui reste très comme je suis. Bon, El Hermano Mayor aussi : son uniforme du dimanche : espadrille, maillot marin et jean. Mais les deux autres ont une tendance Ă  mettre des chemises bien repassĂ©es quand « il faut »… Quand il faut pas « El Hermano du milieu » met toujours les mĂŞmes fringues depuis des annĂ©es : pantalon de toile beige et chemise en coton rose qui a Ă©tĂ© rouge.

Pour moi aujourd’hui ni tenues de semaines, ni de dimanches. J’ai atteint une taille ou s’est vraiment problématique de trouver des vêtements jolis et à ma taille… Pendant des années je me suis habillée presque exclusivement chez Prômôdo, mais maintenant ce n’est plus possible… Je me débrouille avec ce que je trouve à ma taille, je ne choisis pas. Bon faut toujours que ça me plaise quand même, je choisis un peu. C’est pas demain que je vais m’habiller chez Carrefour non plus…

Une seule chose : jamais de talons, d’escarpins, de trucs « chics ». Je ne suis pas « chic ». Je n’aime pas me casser la gueule ou me tordre les chevilles. La dernière fois que j’ai marché en talons c’était pour mon mariage et j’ai revendu les godasses illico, elles ne me servaient à rien. Et je ne les ai porté que 2heures max, peut-être moins (la mairie n’était pas loin). Si j’avais les moyens et la taille plus fine j’adorerais m’habiller au Comptoir des Cotonniers… Mais je n’ai ni la silhouette, ni le porte-monnaies.

Comme Séia : je m’habille à l’inverse de mes parents. Je ne repasse JAMAIS ou presque. Mon fils n’a que des t-shirt chiffonnés. Je ferais une jaunisse si El Marido mettait une cravate ou une chemise bleue pale comme celles de mon père.

Voilà, j’ai eu envie de me rappeler de tout ça.

Je vous souhaite une bonne soirée et prenez soin de vous, de vos rêves, de vos artères etc. Bisous.