Il est 5h… Bordeaux s’éveille

Vendredi à 8h30 j’ai pris un café chez Auguste, au bar. Ça devait faire un quart de siècle que je n’étais pas rentré à l’intérieur. Vu de l’extérieur, je savais bien que ce n’était pas la peine d’y entrer… je continuerai à me contenter de la terrasse. Auguste était un bar d’étudiants qui jouaient au tarot… Maintenant c’est un peu trop chic. C’est bien, hein… Mais bon  « c’était mieux avant! » (et j’emmerde ceux que ça défrise que je dise ça). C’était un café/bar 1900 qui partaient un peu en lambeaux avec sa moleskine rouge usée et ses grands miroirs dépolis… Maintenant c’est assez chic.

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IMG_20170616_090037.jpgY’avait un vieux tzigane qui jouait sur un violon pourri, c’est plus le genre de la maison….

IMG_20170616_085944J’ai pris la rue Gintrac qui longe la vieille fac de médecine/pharma pour aller jusqu’aux Capu (Les Capucins LE marché de Bx) j’ai acheté de l’herbe à chat, du manchego, des trucs comme ça. Et puis je me suis dirigée vers la flèche.

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J’ai photographié cet immeuble de cette rue « modeste » où on trouve des épiceries africaines. En le regardant je me suis rappelé du temps où toutes les façades étaient noires et où les gens de passages disaient que Bordeaux c’était moche et noir. Dans mon coeur Bordeaux était déjà la plus belle de toutes. J’ai fait cette photo pour me rappeler un jour, peut-être bientôt de comment c’était avant la gentrification, avant que les américains, les anglais, les parisiens décident que Bx est la plus belle ville du monde.

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Qaint-Mich’ est encore pour quelques années un quartier populaire, avec un misérable marché aux puces, des vieux immigrés assis au pied de la flèche qui papotent : des noirs, des arabes. Mais peu à peu les troquets pas chers et sympas où on boit du thé à la menthe sont remplacés par des petits restaus « tendances ». Quand je suis arrivée en 84, c’était encore le quartier espagnol 🙂 Doux souvenirs des pensions de familles où j’allais manger avec mon frère et de ce restau en terrasse où on mangeait encore pour « rien » dans les années 90. Rien, ça veut dire que les étudiants y mangeaient, côtoyant de vieux ouvriers.

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En arrivant au pied de la flèche après avoir jeté un coup d’oeil aux puces, je suis tomber sur un autre homme de bronze tout nu : ça m’a fait l’effet de trouver un oeuf en chocolat dans l’herbe à Pâques!

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Je me suis demandé si papa l’aurait bien aimé. On ne peut pas savoir. Moi je l’adore. Je pense que mon père ne l’aurait pas aimé. Mais il pouvait me surprendre souvent. Va savoir. Et j’ai pensé à ce poème de lui que j’ai retrouvé l’autre jour. Il l’avait plus que probablement écrit après avoir fini les bozars de Bx et été reçu au concours d’entrée de ceux de Paris. A la fin des années 40, quelle date je ne sais pas.  Vous allez voir que l’amour d’une ville c’est parfois une histoire de famille 😉

Adieu Bordeaux ma ville immense

Au grand ciel triste comme mes yeux

Adieu Garonne chantant toujours

Le Printemps, le soleil, le midi, l’amour

Passe ta route majestueuse

Adieu la Flèche… Adieu Ste Croix

Pierres d’or sur font d’azur

Adieu mes toits et mon accent

Adieu coteaux, riches de vins et de couleurs

Comme nos vieux vignerons et nos fiers châteaux

Adieu Bordeaux, adieu ma ville

Soleil, vins, gaité, adieux souvenirs…

Je pars sans retour

Je m’en vais au pays mauvais

Où les lumières rouges cachent les étoiles

Où l’eau rapide coule toujours sale

Où les gens tristes sont toujours pâles

Ils marchent vite comme le progrès

Progrès des machines d’acier

D’acier froid comme la mort

La mort des hommes

La mort…

Personnelement je me serais passé des strophes sur la mort qui n’apporte rien. mais bon : quitter Bordeaux… C’est la mort pour mon père! Et Paris ne lui fait guère envie! Je ne sais pas pourquoi il avait se pressentiment qu’il ne reviendrait jamais!? Quand j’y habitais de son vivant il n’ai jamais venu me voir… je ne suis pas certaine qu’il y soit retourné plus d’une fois : pour la soutenance de doctorat de Mi Hermano n°2, ce que je continue à trouver vexant : fallait-il passer un doctorat pour avoir le droit à sa présence dans une ville où il avait tant aimé grandir?

Ma promenade n’est pas terminée. Je continuerais peut-être demain.

Un abrazo. prenez soin de vous.

14 commentaires sur « Il est 5h… Bordeaux s’éveille »

  1. J’aime beaucoup ta façon de parler de ta ville. Je réalise que je ne regarde pas mon village de la même façon. Est-ce que je le regarde en fait ?

      1. Je ne pense pas que ce soit cela… C’est plus de l’amour que du patriotisme. Par exemple je me fous intégralement des vins et des châteaux… Ce qui est très important pour les bordelais chics. Je ne suis pas « fière » de la ville comme certains bordelais aristocratiques tu vois…
        Autrement je crois que le mot est chauvin/e.
        Moi ce que j’aime c’est l’architecture, le climat, la douceur de vivre et plus les quartiers populaires que les quartiers chics, ça tu l’as compris 😉

    1. En même temps on est pas obligée d’être amoureuse de sa ville, de son village, c’est une passion comme une autre 😉 Je me disais en écrivant hier que je suis passionnée de Bordeaux comme d’autres sont passionnés de foot ou d’équitation 😀 Et toi quelle est ta passion?

  2. La dernière fois que je suis allé à Paris dans mon ancien quartier, le petit supermarché G20 avec ses caissières de type « Bellevilloises originaires d’Afrique » était devenu un Monop’ clinquant avec employés en costards.

  3. Tes descriptions de Bordeaux en voie de boboisation me rappellent la rue Oberkampf à paris où j’ai vécu plus de 7 ans. Quand j’y suis arrivée vers 1995, on y voyait encore les café arabes sans prétention avec leurs petits vieux venus échanger trosi mots et où on trouvait du thé à la menthe sans chichi ; on y trouvait aussi des petites épiceries vieillottes, des magasins venus d’un temps que les moins de 40 ans n’ont pas connus, on y cotoyait des petites dames parlant YIddish entre elles et prenant leur apéro en terrasse – et même des vitriers ambulants portant de grandes vitres sur le dos et criant « Viiiiitrier ! ». Puis, petit à petit, au fil de ces 7 années, j’ai vu la gentrification à l’oeuvre, vitesse grand V, les restos branchés et les cafés bling bling,la population être remplacée par les bobos avec un grand B et les prix s’envoler. J’ai quitté la rue Oberkampf en 202 et n’y suis jamais retournée.

    1. Voilà 😦
      Je vois ça arriver très très vite aujourd’hui…
      Ça change super super vite 😦 Et pas pour le mieux 😦
      L’article que j’ai mis en lien dans mon prochain poste est assez édifiant à ce sujet….

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