Être soi-même

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Si il y a bien une phrase qui m’a faite ricaner plus d’une fois c’est celle-ci, en forme de meilleur conseil que l’on puisse donner à quelqu’un à la télé : « Et surtout, reste toi même! ». C’est le genre de phrase complètement bateau qui pour moi et mon Marido, n’avait aucun sens, était complètement creuse, vide. « Et surtout reste toi même! », comme si le risque majeur était de devenir quelqu’un d’autre, comme si on pouvait devenir quelqu’un d’autre… « Ah ben pour sûr, pensais-je… Reste toi même mec! » Persuadée, qu’il n’y avait aucun danger que l’on puisse, de près ou de loin, être quelqu’un d’autre que « soi-même ».

Cette semaine en discutant avec une blog-amie, j’ai eu comme une révélation : le danger n’était pas de  » ne pas rester soi-même », mais de tenter, ou de feindre, d’être quelqu’un d’autre.  Feindre d’être capable et pleine de force et d’entrain quand à l’intérieur on se sent complètement incapable et tremblante… Utiliser la méthode Coué comme une force « Je vais bien! tout va bien! »… En occultant ce que l’on vit, éprouve vraiment. Si je prépare mon cours pendant des heures, ça se passera forcément bien.

_  Ça va?

– Ah oui très bien merci, tout va bien, parfait! (Alors qu’à l’intérieur tout se fissure, se brise, que les petits éclats de verre piquent les doigts.

_ Ça va? Ça se passe bien?

_ Bah, je dirais pas ça, c’est pas évident quand même…

– Allez courage! Tu sais ils sont dur avec tout le monde, faut juste les tenir. »

L’autre rigole, on rigole aussi, on prend un café. « On » sait très bien qu’on ne sait pas « les tenir », qu’on a pas en soi le truc qui fait qu’on a envie de « tenir » la horde sauvage, la capacité de le faire…

Au début de l’année, une de mes profs a dit à une étudiante qui ne voulait pas suivre ses conseils « Vous savez, moi mon CAPES, je l’ai depuis longtemps, ce que je dis, c’est pour vous, pas pour moi… » J’ai eu envie de leur dire pareil « Mon Bac je l’ai depuis un bail, si vous voulez pas m’écouter, je me casse… Parce que ce que je dis, c’est pas pour me faire plaisir à moi, c ‘est pour vous donner une chance d’avoir votre diplôme… »

– Ça veut dire quoi Madame « caraï »?

– Je ne sais pas, c’est du portugais. Tu peux répondre à la question que je viens de poser?

– Mais Madame, le portugais et l’espagnol c’est pareil!

–  Non. Pas du tout… » Bon passons à quelqu’un d’autre. De toutes façons le bordel ne va pas cesser.

On est pas soi même quand on minimise au maximum ce que l’on ressent, quand on fait semblant grâce à M. Coué de n’avoir aucun problème. On sent bien, que même si tout le monde dit être « à l’écoute », personne n’a envie d’écouter.  Et puis les autres : « c’est normal, ils vont t’en faire voir, avec les remplaçants c’est toujours comme ça… Ils leur font la vie dur. Faut les virer de cours ceux qui te font chier… » Tous les conseils entendu volent comme un nuage gris dans un tourbillon…Les manuels, les programmes, les heures et les heures de préparations,  les regards hostiles des élèves. Eux et moi dans un monde complètement différent. Eux dans leur trip, moi dans le mien. Les deux qui ne se rencontrent pas. Se choquent, se télescopent dans l’incompréhension et dans les pleurs. Le premier jour une prof m’avait dit  (était-ce Laetitia*? Une prof que j’aimerais revoir) , une prof m’avait dit : « Ils me font marrer avec leur « bienveillance » (les chefs d’établissement et toutes les « têtes pensantes » qui nous font des formations), elle avait dit en regardant une affiche dans la salle des profs, qui nous engageait tous à être « bienveillant » les avec les autres et avec les élèves. « S’ils en parlent autant », avait-elle continué, « c’est bien la preuve que c’est ce qui manque le plus… ». J’avais été surprise, par sa remarque, même un peu choquée.

La bienveillance j’en étais pleine. Elle a pris une bonne baffe en pleine figure.

PS : aujourd’hui c’est particulier. Vu le toubib hier. Passé plein de coup de fil hier et ce matin. Pas la pêche. Pas la fritte… On tourne une page.

*Ce n’est évidemment pas son vrai prénom.

 

24 commentaires sur « Être soi-même »

  1. Hé ben Mahie, tu mets le doigt sur quelque chose que je retourne souvent dans ma têtes ces derniers temps. Et ça fait un petit temps maintenant que, quand j’entends mon employeur dire « nous sommes à l’écoute », dans ma tête je réponds « blablabla ».

    C’est dommage que les jeunes ne sont pas plus éduqués que ça, vous êtes là pour donner cours, pas pour les éduquer, ça, c’est le rôle des parents, ça devrait être fait…

    Je les plains, ces jeunes, ils vont se ramasser des baffes, ou avoir plein de problèmes psychologiques toute leur vie.

    Mais bon, je ne vais pas faire ma vieille, j’arrête ici.

    De tout coeur: bon courage!

    Biz,
    lulu

    1. C’est un peu partout pareil dans toutes les entreprises 😦
      Avec les élèves, le niveau de langue est, en plus de la mauvaise volonté, assez énervant et déprimant…
      Biz et bon courage à toi aussi!

  2. Qu’est-ce qui se passe là ? La bienveillance… bien sur. Mais ne pas confondre avec le mode Bisounours (ce qui se passe dans les écoles ici, avec gros degâts quand les chérubins se retrouvent dans la vraie vie !)

    1. En tous cas ce ne sont pas les élèves les bisounours : insultes, gros mots, j’menfoutisme et insolence… 😦
      Ca se passe bien dans le collège de Paul?

  3. « Être soi-même » = « ne pas tricher », je l’ai toujours compris comme ça, et il y a beaucoup de gens qui trichent, moi y compris, parfois ou souvent.
    Ton histoire avec « bienveillant » me fait penser à « ressources humaines » qui a remplacé dans les entreprises « service du personnel » à une époque où on commençait à sentir qu’il y avait de moins en moins d’humain dans les rapports avec le personnel…

    Que la page à tourner ne soit pas trop lourde !

  4. J’espère qu’ils ne sont pas tout le temps infernaux ? Dans tous les cas ce n’est rien de personnel contre toi, tu sais bien… Courage et dis-toi qu’à force de semer des graines il y en a bien l’une ou l’autre qui finira par germer !

    1. Euh… Ben si en fait…
      Oui je le sais, et en suis consciente mais c’est quand même éreintant, usant, crevant… Décevant.
      Ca a été une expérience dont je vais tirer du bon. Mais c’est une expérience terminée.

  5. Ma fille depuis toute petite rêvait de s’occuper d’enfants en difficulté. Elle a trouvé un poste auprès de mineurs isolés étrangers. Elle est en train de tourner en déprime et chaque jour je lui dis de démissionner et trouver autre chose. Les enfants de ses rêves sont tellement loin des vrais enfants dont elle doit s’occuper…

    1. Le moins qu’on puisse dire c ‘est qu’ils ne nous font pas de cadeaux… Et le pire c’est qu’il ne faut pas essayer d’être « gentille » ça ne sert à rien…
      Je lui souhaite beaucoup de courage et de se réorienter… De nos jours on a plus le même métier tout sa vie…
      Bises

    1. Je vais y jeter un coup d’œil, merci ma belle!
      Figure toi que ma mère était prof et que ça m’avait un dégouté moi-^me de l’être un jour!!!
      Et puis un coup de folie : je m’y suis mise!
      Quand j’avais fait ma licence dans les années 90 j’avais complètement écarté l’idée d’être prof à cause de la discipline etc…

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