Luxe, calme et voluptĂ©.

Le piano a toujours Ă©tĂ© mon instrument de musique prĂ©fĂ©rĂ©. Un de mes plus anciens souvenir (et vraiment il doit remontĂ© Ă  mes un an ou deux) est d’ĂŞtre en train de jouer sous le piano Ă  queue (quart de queue?) de ma grand-mère, sur un tapis marocain, dans la chaleur douce, le luxe de la maison oĂą ma mère avait grandi puis vĂ©cu les premières annĂ©es de son mariage, oĂą mes frères sont nĂ©s. C’Ă©tait alors le petit salon de musique de ma grand-mère. Hors je n’ai pas vraiment de souvenir de cette pièce avec le piano. J’ai l’impression de ne jamais avoir connu ce piano, ni cette pièce autrement que transformĂ© en sa chambre. Ce souvenir est si flou, si ancien : mamie en train de jouer du piano. Je ne l’ai jamais vu toucher un piano autrement que dans cette bribe de souvenir confus, ce flash si Ă©trange que je me demande s’il ne s’agit pas d’un rĂŞve ancien que je transporte avec moi depuis l’enfance.

Chez ma tante, dans le grand salon Ă  la belle cheminĂ©e de pierre, les bais vitrĂ©es partout sur le jardin automnal et splendide, trĂ´nait un autre piano Ă  queue, immense, magique donc je  pouvais ouvrir l’immense couvercle et rĂŞver que j’Ă©tais concertiste. J’Ă©tais très loin d’ĂŞtre, plus que très loin. Je n’ai appris le piano dans le règles qu’une annĂ©e et cela m’a dĂ©goutĂ© de prendre des cours, pas du piano. Je ne sais quasiment rien jouer. Je ne joue que de mĂ©moire.

Quand la maison de famille du sud a Ă©tĂ© partagĂ©e, j’ai eu le joli piano droit qui Ă©tait dans la famille depuis un siècle et dans le salon de la chambre oĂą je prĂ©fĂ©rais dormir. Oh, que je l’ai aimĂ© ce piano! Et puis le temps passe, comme les gnossiennes que j’aimais dĂ©chiffrer, lentement, laborieusement et jouer jusqu’Ă  ce que je les saches par cĹ“ur. Parfois j’appelais ma mère (oĂą elle venait d’elle mĂŞme) quand je ne comprenais pas la partition et j’avançais de nouveau.

Ma grand-mère,  ma tante, ma mère… Disparues.