Pluie, vent et Ă©dredon

J’aime le bruissement du vent dans le feuillage des arbres, acacias ou tilleuls. J’aime le bruit que fait la grosse pluie d’orage. La corne de brume la nuit. J’aime quand il ne fait pas beau. Mais que cela reste raisonnable. Le mauvais temps raisonnable.

Ce matin je me suis rĂ©veillĂ©e en entendant El Marido prĂ©parer son petit -dĂ©jeuner dans la cuisine. Je me suis rĂ©veillĂ©e les yeux gonflĂ©s, la tĂŞte lourde… EnsablĂ©e dans le sommeil.  Dans la nuit j’ai serrĂ© très fort dans mes bras mes 3 meilleures amies de collège et lycĂ©e. Elles se retrouvaient mĂŞme ensemble Ă  un moment, Ă  la nuit tombante dans les petites rues du vieux Bordeaux. Dans la vraie vie elles se sont croisĂ©es mais n’ont pas Ă©tĂ© amies.

Le rĂŞve a commencĂ© alors que je devais monter une cĂ´te en voiture… J’avais un problème pour passer les vitesses et finalement c’Ă©tait peut-ĂŞtre que la batterie Ă©tait Ă  plat? Je mettais le frein Ă  main et jetais un regard dĂ©sespĂ©rĂ©e autour de moi. On Ă©tait rive droite, vers les 4 Pavillons. Un monsieur s’arrĂŞtait et me venait en aide. Il arrivait Ă  redĂ©marrer la voiture. Je disais un truc aussi con que « J’ai jamais Ă©tĂ© très forte pour les dĂ©marrage en cĂ´te ». Et puis je redescendais vers le pont de Pierre Ă  pieds. Je retrouvais ma grande copine MP. Elle Ă©tait plus grande, plus belle, plus Ă©lancĂ©e… Elle avait maximum 30 ans. Je lui ai dit que je devais rĂ©cupĂ©rer ma voiture qui Ă©tait par lĂ . Et on partait Ă  sa recherche. Je peux voir sa photo sur Internet : elle n’a pas grandit, elle a beaucoup grossi (comme moi) et elle lisse ses cheveux. Moi j’aime tant les boucles. Elle et moi nous marchions rue Sainte-Colombe (oubliĂ©e la voiture) et voilĂ  Chricri qui arrive! On s’exclame et on se sert dans les bras avec Ă©motion. Je n’ai pas vu Chricri depuis 30 ans. La dernière fois c’Ă©tait en coup de vent et par surprise au LCL de LR qui est devenu un magasin de fringues espagnol. Chrichri Ă©tait petite et pesait 100 kilos en 6ème. La nuit dernière elle Ă©tait aussi mince que Falbala, elle portait un jean aussi serrĂ©e que celui d’Olivia Newton John Ă  qui elle rĂŞvait tant de ressembler. Elle n’avait pas un blouson noir, mais un petit blouson en cuir super stylĂ© et probablement super cher, vert amande. Elle est très belle : ses longs cheveux bruns bouclĂ©s, ses grands yeux verts… Je lui dis en apercevant sa voiture (après avoir remarquĂ© sa silhouette de dĂ©esse) « Tu as rĂ©ussi! » (Ă  ĂŞtre Olivia ). Sa voiture est incroyable, c’est une petite dĂ©capotable anglaise, avec du bois partout et du cuir. Elle est d’un beau bleu canard bien brillant. Je suis heureuse, « Elle a rĂ©ussi », elle est belle et riche (elle Ă©tait loin de l’ĂŞtre). J’entends « Mahie!!! ». Je me retourne : C’est M. Exactement comme elle Ă©tait en deuxième annĂ©e de fac : Ă©clatante et rieuse avec sa longue tignasse bouclĂ©e (et pas comme je la retrouvais 5 ans plus tard, les cheveux coupĂ©s, malheureuse dans un mariage finissant). On se sert dans les bras si fort que j’en ai les larmes au yeux. Je marche dans la rue, ou avec elles trois. Je me perds dans ce quartier que je connais par coeur. Je n’arrive pas Ă  rentrer chez un moi qui n’existe plus ou en tous cas qui n’est plus chez moi.  On marche dans un long passage entre des murs de pierre qui bordent de grands jardins silencieux dans cette nuit noire et presque inquiĂ©tante. C’Ă©tait une traboule. Nous voilĂ  qui ressortons rue de la Rousselle. Je rĂ©alise qu’on ne paye pas le loyer depuis des mois. Et que si on ne paye pas le loyer depuis des mois alors qu’on est ricrac, comment va-t-on faire pour le payer quand la proprio va s’en apercevoir? Il faut que j’en parle avec El Marido. Mais maintenant je vais chez Mo (avec qui je partageais un appart vers 87), elle a trouvĂ© un appart très grand, très grand vraiment… Comme un hall de fac. Elle me dit qu’on peut partager, que je peux m’installer quelque part. Je dis ok. C’est royal. Mais une porte donne sur les parkings et ne ferme pas. C’est une issue de secours je crois. Je ne peux pas dormir lĂ . C’est impossible…

Je me réveille. Le chat est parti. La pluie tombe. El Marido remonde les volets roulants.